Suivre le dossier complet en 9 parties En janvier 2005, le mystère de Rennes-le-Château a pris un tournant crucial quand un document fracassant a fait son entrée dans le dossier. Wieland Willker, de l’université de Brême en Allemagne,
s’étant penché sur le « problème » Da Vinci Code, a finalement
découvert l’origine du texte de St Luc qui compose le petit parchemin
soi-disant découvert par Bérenger Saunière entre 1891 et 1892 dans le pilier
Wisigoth soutenant le vieil autel de l’église. L’extrait de l’évangile de
St-Luc dont serait issu le fameux parchemin proviendrait du CODEX BEZAE
selon W. Willker. Nous n’avons pas de raison d’en douter. La démonstration
qu’il en fait sur son site Internet[1]
est suffisamment explicite. ![]() Rappelons rapidement le message du petit parchemin
qu’aurait crypté l’abbé Antoine Bigou en 1781 : « A Dagobert II et à Sion est ce trésor et il
est la mort ». Le
codage simpliste en lettres surélevées, introduit dans le petit parchemin,
démontrerait la supercherie de Pierre Plantard et de Philippe De Cherisey.
D’ailleurs ce dernier prétendait en être l’auteur, renvoyant Antoine Bigou et
Bérenger Saunière à la cure de Rennes-le-Château. Mais peut-on en être
sûr à 100% de ces déclarations? De la source d’une preuve ![]() La
vérité paraîtrait évidente maintenant que l’on sait d’où provient le texte des
évangiles ayant servi à élaborer le codage. Le CODEX BEZAE, évangiles
retrouvé par Théodore de BEZE en 1565, nous ouvre enfin les yeux sur la
façon d’opérer. D'autres éditions anglaises[2]
furent publiées entre 1793 et 1899. W.
Willker a puisé son extrait de l’original du CODEX BEZAE gardé dans les fonds
d’archives de l’université de Cambridge. Sur son site Internet, il expose le
texte brut latin comportant une césure bien curieuse. Une telle
anomalie éveille l’attention. Si le document présenté par W. Willker est bien
l’original du codex de l’université de Cambridge, toutes les éditions qui ont
été publiées depuis 1864 doivent être marquées de ce CROCHET énigmatique.
Vous
remarquerez la similitude entre le document de W. Willker et celui du site
dédié à l’œuvre de cet auteur[4].
Le CROCHET de séparation écrit sur la première ligne est strictement identique
sur les deux documents. D’autant plus que l’emplacement de la césure est
exactement la même, juste avant le « ETFACTUM ». Il y a encore une bizarrerie de taille sur la page en
latin : elle est marquée d’un 186 ; un chiffre
évoquant cette fois le grand parchemin (ci-dessous), PAX 681. Ces détails peuvent être insignifiants mais
ne sont pas des coïncidences. Qu’est-ce
que cela signifie ? Qui a fait
ce crochet sur une page 186 à l’endroit précis où débute le petit parchemin ? Il
n’y a aucune critique à émettre contre l’analyse de W. Willker, si ce n’est sur
ses conclusions. Il est pourtant très étrange qu’un universitaire voulant faire
la lumière sur ce parchemin ne se soit pas intéressé à la question du crochet
et du 186, alors qu’il mentionne le livre de Kenyon dans ses liens
bibliographiques[5].
De l’origine du Codex Bezae Le
CODEX BEZAE est un de ces manuscrits (du Vème ou VIème) de référence traitant de la vie du Christ. Autrement dit, le nouveau testament a été écrit à partir de ce type de documents. En
fait, il semble avéré que le Codex Claromontanus soit la matrice[9]
du CODEX BEZAE. Il suffit de comparer la calligraphie pour s’en
rendre compte ; le format est le même. F. Vigouroux confirme qu'autrefois le manuscrit de 534 pages renfermait les épîtres catholiques. Il fut divisé en deux, on ne sait
pourquoi, vers 1550. Un auteur du nom de
Tischendorf[10] publia le
texte du Codex Claramontanus (Epîtres de St Paul) en 1852. Henri
Estienne II fournît donc Th. De Bèze en document.
Au cours de notre enquête tournant autour de la piste Normande, Gaillon
et de Maurice Leblanc, nous nous sommes intéressés de très près à cette célèbre
famille de typographes. Les Estienne, travaillèrent, pour certain, dans les
imprimeries du Château de Gaillon et surtout Henri Estienne III sous le
ministère de Msg de Harlay I, archevêque de Rouen, vers 1640. Henri Estienne II
était son père ou son grand-père. Aurait-il pu collecter une partie des
informations pour Th. De Bèze dans la bibliothèque du Château de Gaillon vers
1550 ? A cette époque, le locataire des lieux n’est autre que Msg Charles
Ier de Bourbon, à la fois archevêque de Rouen et évêque de Carcassonne, père présomptif de Nicolas Poulain (le prisonnier de Gisors) et futur Charles X - couronné Roi de la Ligue en 1589 dans le parc CLEF du Lydieu, au Château de Gaillon. Dans
les trois inventaires de la bibliothèque établis de 1506 à 1550 et édités en 1850 par Achille Deville dans ses « Comptes de Dépenses pour
le château de Gaillon » [11],
nous avons relevé la présence d’un manuscrit sur parchemin garnit de velours
teint en graine titré « Epîtres de St Pol ». Il est relevé aussi par L. Delisle[12].
Peut-il être la partie des Epitres de Saint-Paul du Codex Claromontanus,
matrice du Codex Bezae? C'est fort probable, car d'une part ce manuscrit n'a pas été écrit par les copistes de Georges d'Amboise travaillant au Château jusqu'en 1503 ; il fut donc apporté par un tiers à Gaillon, et d'autre part L. Delisle nous apprend que la riche bibliothèque gaillonnaise des archevêques de Rouen fut dépouillée de ses plus belles œuvres dès 1550. Au XVIIème et au XVIIIème la dilapidation se poursuivit et de
nombreuses pièces furent détournées vers les bibliothèques du Louvre d’Henri
IV, de Gaston duc d’Orléans, du Cardinal de Mazarin, du Chancelier Séguier ou
de NICOLAS FOUQUET [13]
mécène de Nicolas Poussin entre autre…. Bien
qu’hypothétique sans être invraisemblable, le cheminement du Codex
Claromontanus commencerait à Clermont au VIème siècle (ou au début
du XVIème), se poursuivrait par l’église Saint-Irénée de Lyon où il
fut divisé en deux, puis la partie Epitres serait passée par la
bibliothèque du château de Gaillon vers 1507, avant d’être « emprunté » par
Henri Estienne II entre 1550 et 1560 pour le compte de Th. De Bèze. Pour finir, les Epitres de
St Paul auraient garni les rayons d’une bibliothèque privée et
seraient rentrés définitivement à la Bibliothèque Nationale à la fin du XIXème siècle et les Evangiles / Actes des
Apôtres auraient été donnés à l’université de Cambridge; un parcourt
logique. De vrais faux documents Il
est clair que l’auteur du petit parchemin n’est pas l’abbé Bigou. A moins de
détenir le véritable Codex Bezae en 1781, le chapelain de Marie de Négre
d’Ables ne pouvait avoir en main un document qui ne serait édité pour la
première fois qu’en 1793. A cette époque il s'était exilé en Espagne. Il n’est pas plus l’auteur du grand manuscrit. A. Bigou ne put donc pas cacher les deux parchemins codés dans un pilier Wisigoth de l'église de Rennes-le-Château. D’autres éléments de preuves apparaîtront bientôt à ce sujet.
La source du grand manuscrit n’a pas encore été découverte. W. Willker va un peu vite en besogne en affirmant que la Vulgate en serait une de ses bases. Si le
petit parchemin est peut être une création fantaisiste de Philippe de Cherisey,
les anomalies du crochet, du 186 et des lettres décalées posent de nombreuses questions :
quand ce crochet fut-il apposé sur la page 186 du codex de Cambridge? Qui l’a
fait et pourquoi ? Pourquoi décaler des lettres? Ces
particularités soulignées dans le vrai Codex Bezae datent au moins de 1891-1895 au plus tard, tandis que les lettres décalées sont d'origine, datant au moins du Vème ou VIème siècle. Quant à savoir qui a "maquillé" le Codes Bezae, cela reste une énigme et mérite une enquête approfondie. F. Vigouroux répond à quelques interrogations, mais cela ne résout pas tout. Par exemple, il explique que les lettres poussées en marge sont des marquages de début de paragraphe. Or sur certaines pages, de la copie du Codex Bezae Cantabrigiensis que nous avons obtenu, les lettres de la version grecque ne sont absolument pas décalées par rapport aux lettres de la page latine (voir 2ème Partie). C’est pourquoi, jusqu’à preuve du contraire, nous optons pour la thèse des vrais/faux documents. La seule fable à mettre au crédit de P. de Cherisey est la découverte des parchemins dans le pilier Wisigoth en 1891. Les parchemins pourraient très bien avoir été écrits par Bérenger Saunière ou Henri Boudet et pourquoi pas Antoine Gélis vers 1895. Ces trois curés là avaient vraiment tous les outils sous la main pour camoufler
le Secret - d'une Arche de Dieu - à l’abri de la convoitise. Tous les ouvrages mentionnés en français ou de langue anglaise (sauf le Kipling[14], 1793) étaient (et sont toujours) disponibles à la BNF, s'ils ne pouvaient les avoir dans leur bibliothèque. [1]
Cf. Wieland Willker:http://www-user.uni-bremen.de/~wie/Rennes/ [2] Bezae codex cantabrigiensis, being
an exact copy, in ordinary type of the celebrated uncial Graeco-Latin
manuscript of the four Gospels and Acts of the apostles written early in the
Sixth century, and presented to the University of Cambridge by Theodore Beza,
A.D. 1581. Edited with a critical introduction, annotations and fac-similes par
Frederick H. Scrivener. Cambridge Deighton, Bell and C°, 1864 et Codex Bezae
Cantabrigiensis, quattuor Evangelia et Actus Apostolorum complectus graece et
latine, sumptibus Academiae phototypia repraesentatus - Cantabrigiae, 1899. [3] A la BNF: “Our Bible and the
ancient manuscripts” being a history of the text and its translations, by
Frederic G. Kenyon, Ed. Eyre and Spottiswoode, London, 1896. [4]
http://www.katapi.org.uk/BibleMSS/VII.htm . A toutes fins utiles, j’ai sauvegardé la page si
celle-ci devait un jour disparaître du réseau. [6]
Henri Estienne IIIème du nom dirigea l’imprimerie installée au
château de Gaillon par François de Harlay vers 1635. Voir annexe 2 et
« Mémoires des deux cités » T1, p.38. [7] Initiation à la critique textuelle du
Nouveau Testament, Léon Varanay, Ed. du Cerf, 1986, p.193. [8]
Cabinet des manuscrits de la bibliothèque impériale, L. Delisle,
Vol.3-1881, p.201. [10]
Codex Claromontanus, sive Epistulae Pauli omnes, graece et latine, ex codice
parisiensi... nomine Claromontani plerumque dicto, sexti... post Christum
saeculi, Konstantin von Tischendorf,
Ed. Lipsiae, 1852. [11]
Comptes de Dépenses pour la construction du château de Gaillon, A. Deville,
Imp. Nationale, 1850. [12] Op.Cit, L.Delisle, Vol.1, p.246. [13] Op.Cit, L. Delisle, Vol.1,
p.258 et 270. [14] Bible, Greek & Latin. Codex Theodori Bezae Cantabrigensis, edited by Thomas Kipling, 2 vol, Cambridge, 1793. http://www.bible-researcher.com/codex-d1.html |