Le Jalon de F.A. de Châteaubriand Quoi
qu’il en soit, les Blanchefort du Limousin ne sont pas à confondre avec les BLANQUEFORT
(ou Blancafort) en Guyenne (Bordelais). Ce sont deux familles de la noblesse
française ayant deux fiefs bien distincts. BERTRAND DE BLANQUEFORT,
Grand-Maître de l’Ordre du Temple en 1156 n’est en aucun cas un Blanchefort.
Une fois pour toutes, il faut corriger cette erreur qui circule depuis trop
longtemps.
Si
l’on veut approfondir l’histoire des BLANCHEFORT, nous devons nous rendre en
Bretagne, car c’est là que sont leurs racines, dans la Bretagne antique. Le
premier personnage connu, donnant naissance à la lignée de Blanchefort, est
HARCULPHUS seigneur DE COMBORN (Comburniis en
Latin), ou COMBOURG, dans le diocèse de Saint-Malo[1] (extrait-ci contre). Combourg
était une localité chère à François René de CHATEAUBRIAND[2].
L’admiration que Chateaubriand vouait à cette ville Bretonne se caractérise par
l’amour qu’il porte à l’œuvre de Nicolas Poussin. Combourg mène aux
Blanchefort, mécènes de Poussin. Si bien qu’en 1829 lors d’un voyage à Rome,
alors qu’il était ambassadeur de France, il décida d’élever un monument dans l’église
de San Lorenzo in Lucina, à la gloire de POUSSIN.
L’exécution du mausolée, incluant une sculpture de la seconde version des
BERGERS D’ARCADIE, fut confiée à trois pensionnaires de la Villa Médicis. L’historien normand Léon Coutil espère, quant
à lui, que ce tombeau recouvre bien la sépulture de Nicolas POUSSIN. Maurice
Leblanc cite souvent en référence CHATEAUBRIAND : dans L’aiguille creuse, L’île aux trente
cercueils ou Le bouchon de cristal. Rien
n’est écrit innocemment chez M. Leblanc, et Chateaubriand, initiés aux loges
maçonniques, «Vraie et Parfaite Harmonie» et «Candeur» de Paris[3],
fit d’une PIERRE TOMBALE deux coups. Les racines des Blanchefort HARCULPHUS
DE COMBORN était porte-enseigne de Saint-Sanson et
prétendait avoir des droits, par sa femme Iseldis,
sur tous les domaines de l’archevêché de Dol. La terre de COMBRONDE,
aujourd’hui sur la commune d’ Orgnac-sur-Vézère dans
le Limousin, tire son nom de cette famille, quand les premiers de Comborn
vinrent s’y installer au début du Xe siècle. De là part la branche
des BLANCHEFORT, par Archambault IV de COMBORN qui fit construire le château de
BLANCHEFORT en 1125, à quelques km de la commune d’Uzerche.
Plus tard, au XVIe siècle, Antoine de BLANCHEFORT est institué
héritier de tous les biens de la famille de CREQUY, par le Cardinal de Créquy
son oncle maternel, à condition de porter le nom et les armes de la famille. La
branche CREQUY-BLANCHEFORT vient d’être créée et détiendra par une alliance
avec Chrétienne d'Aguerre, veuve et héritière de
François Louis d’Agout, la seigneurie du PAYS de SAULT[4] en
1609 (extrait ci-dessous). Nous
arrivons à un point où s’entrecroisent des coïncidences extraordinaires. Primo,
François de NEGRE d’ABLES, Seigneur de NIORT en 1726, père de Marie dame de
BLANCHEFORT, était bailli de tout le PAYS de SAULT. Secundo, vous n’êtes pas
sans savoir que CHARLES III duc de CREQUY-BLANCHEFORT était le généreux mécène
de NICOLAS POUSSIN, originaire des Andelys près de GAILLON, auteur du tableau
codé LES BERGERS D’ARCADIE.
Quoiqu'il en soit, aucun
Bertrand n’a donc été signalé dans la lignée des Blanchefort. Il n’y a pas de
lien de parenté entre Blanchefort et Blanquefort. Le Grand-Maître des
templiers, Bertrand de BLANQUEFORT, était le fils de Geoffroy, bisaïeul d’IDA
de BLANQUEFORT épouse de Béraud de GOTH et mère de Bertrand DE GOTH[5] le
futur Clément V, bourreau des Templiers. Ces
familles s’allièrent aux seigneurs de DURFORT en Languedoc, ancienne souche catharisante[6] d’où émergera la
branche des ducs de DURAS. Rappelons ici que Guillaume de DURFORT[7],
cousin et parrain de Clément V, monta sur le SIEGE ARCHIEPISCOPAL DE ROUEN en
1319, peu après Bernard de FARGES, neveu de ce même Pape… et petit-fils d’IDA
DE BLANQUEFORT. Tout
ce jeu complexe d’alliances n’explique pas comment François d’HAUTPOUL-RENNES obtint le titre de Marquis de Blanchefort; terre détenue plus
tôt par la famille de VOISINS, baron de Rennes au XVe siècle, sans avoir porté le titre de marquis. N’y a-t-il qu’une simple affaire de famille ?
Documents maudits Au
début des années 1610, M. Captier, notaire à Couiza,
avait établi un contrat de mariage entre Antoinette d’Ixar, descendante de la
famille des Rois d’Aragon, et Pierre de Nègre d’Ables[8] de Lacam, bailli de tout le pays de Sault, fils aîné de Jean
de Nègre et Jeanne d’Angeli. Pierre de Nègre d’Ables
était l’arrière grand père de Marie, dame de Blanchefort. A cette époque nous
savons que les Créquy-Blanchefort sont les maîtres du pays de Sault. S’appuyant
sur le récit de G. de Sède «Le trésor maudit de
Rennes-le-Château», Edouard Cayre[9] nous
explique que quelques années plus tard, en 1644, François-Pierre d’HAUTPOUL, baron
de Rennes, avait fait son testament en y adjoignant les archives et titres
justifiant la transmission de leurs fiefs depuis le XIe siècle. Les
documents avaient été enregistrés le 23 novembre 1644 chez maître Captier, alors notaire à ESPERAZA. A sa mort, il fut
impossible de remettre la main sur son testament et les documents
l’accompagnant.
Puis
en 1780, les actes notariés de François-Pierre d’HAUTPOUL réapparaissent chez
maître Jean-Baptiste Siau, probable successeur du
précédent. Le notaire d’Esperaza refusera de les
confier à Pierre d’HAUTPOUL, seigneur de SERRES, qui les réclamait, prétextant,
je cite: «Il n’y aurait pas de prudence de ma part de me dessaisir d’un
testament de si grande conséquence». M.
Descadeillas étudia également le problème dans son
livre «Rennes et ses derniers seigneurs». Il se demanda où pouvaient
être passées les archives de la famille d’HAUTPOUL. Finalement,
en décembre 1780, J.- B. Siau donnera les précieux
papiers à la veuve de François d’HAUTPOUL, Marie de NEGRE d’ABLES, dame de
BLANCHEFORT. Au début de l’année 1781, Marie, sentant son trépas approcher, les
aurait confiés à l’abbé Antoine BIGOU,
son chapelain. Une partie des documents fut transmise aux filles de la Dame de
Blanchefort, Marie l’aînée, qui épousa Joseph-Marie d’HAUTPOUL-FELINES, et
Elisabeth la cadette. Cette dernière resta célibataire et ne voulut jamais
révéler la teneur des pièces en sa possession. On
ne comprend pas plus, pourquoi le titre de BLANCHEFORT passa à Gabrielle, la
troisième fille alors qu’il était échu à Marie. En épousant Gabrielle,
Paul-François-Vincent de FLEURY releva le titre, devenant ainsi marquis de
Blanchefort.
Dans
la mythologie rennaise, les DOCUMENTS DE FRANCOIS-PIERRE d’HAUTPOUL seraient
ceux correspondant au quatrième des rouleaux de parchemins, cachés par l’abbé
Antoine Bigou, découverts par Saunière dans le pilier Wisigoth de l’église de
Rennes-le-Château, décrit par G. de Sède et décrié
par tant d’autres: le testament de François-Pierre d’HAUTPOUL, une généalogie
des rois mérovingiens de 1200 à 1644 et six lignes de texte touchant
SAINT-VINCENT DE PAUL. En formulant toutes réserves, nous échafaudons le
scénario suivant : Jean-Thimoléon de Nègre,
grand-père de Marie de Nègre, fils aîné d’Antoinette d’Ixar et de Pierre de
Nègre d’Ables, ou prétendu tel, aurait eu en réalité pour père un
Créquy-Blanchefort, Seigneur de Sault. L’hypothèse d’un Jean-Thimoléon fils
naturel d’un Blanchefort reconnu par un de Nègre d’Ables pourrait paraître
invraisemblable si ce fils n’était le géniteur de la seconde branche des Nègre
d’Ables dont est issue la Marquise d’Hautpoul. Or, en tant que fils aîné il
aurait dû suivre la lignée de la première race des baillis du pays de Sault.
Les archives détenues en 1644 par François d’Hautpoul, époux de Marie de Nègre
d’Ables, puis remises à M. Captier, pourraient être les justificatifs recelant
les secrets d’une naissance hasardeuse lui conférant le droit de porter le
titre de Marquis de Blanchefort obtenu indirectement par alliance.
La
filiation de Comborn de Bretagne et de Blanchefort du Limousin est attestée.
Seule notre hypothèse généalogique de la parenté de Nègre/Blanchefort est le
fil blanc cousu sur une intrigue beaucoup plus embrouillée. Les Comborn ou Blanchefort (de Bretagne), Seigneur du pays de
Sault, dans le Vaucluse, au XVIIe siècle détiennent la clé des secrets de la famille
d’Hautpoul et du marquisat de Blanchefort dans le diocèse d’Alet-les-Bains. [1] Nobiliaire du diocèse et de la généralité
de Limoges, Tome I par l'abbé Joseph Nadaud, 1882, p.397 et suivantes. [2] Voir Mémoires d’Outre-Tombe. [3] Histoire abrégée de la Franc-Maçonnerie,
Robert Freke Gould, J. Lebègue,
Bruxelles, 1910. [4] Dictionnaire des titres originaux pour
l'histoire les fiefs la généalogie T.3, Blondeau de
Charnage, 1764, p.25 et suivantes. [5] Ou de Gouth,
certaines généalogies notent d’Agouth (ne pas
confondre avec d’Agout). [6] Guillaume-Saysset
de Durfort perd ses biens après le siège et la chute
de son château en 1210. Ses terres de Fanjeaux sont attribuées à Robert de Mauvoisin. En 1215, une sentence arbitrale adjuge le Termenès et la seigneurie de Durfort
à Alain de Rocy et aux principaux lieutenants de
Simon de Montfort. [7] Petit- fils de Guillaume Saysset de Durfort. [8] Arrière
grand-père de Marie de Nègre d’Ables, né à Belcaire
le 21 janvier 1575, décédé vers le 8 janvier 1664. [9] Op. cit. p.70 et
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