De Blanchefort
Des secrets de familles

 

Extraits du nobiliaire du diocèse et
de la généralité de Limoges, Tome I par
l'abbé Joseph Nadaud, 1882
L’étau « lupinien » de Vérité se resserre sur les suzerains successifs de Rennes-le-Château du XIIe au XVIIIe  siècle. Des Seigneurs de NIORT à ceux d’HAUTPOUL en passant par les de VOISINS venus du NORD, les unions matrimoniales se suivent, se ressemblent et se rassemblent. Elles font de la famille d’ HAUTPOUL une énigme dans l’énigme. Pourquoi les Hautpoul prennent-ils le titre de BLANCHEFORT alors qu’aucun lien ne les rattache à la famille célèbre du Limousin ? Le titre vient-il seulement de ce château de BLANCHEFORT dont les quelques ruines sont encore visibles de la route de Rennes-les-Bains ou y a-t-il une filiation indirecte ?

 

Le Jalon de F.A. de Châteaubriand

 

Quoi qu’il en soit, les Blanchefort du Limousin ne sont pas à confondre avec les BLANQUEFORT (ou Blancafort) en Guyenne (Bordelais). Ce sont deux familles de la noblesse française ayant deux fiefs bien distincts. BERTRAND DE BLANQUEFORT, Grand-Maître de l’Ordre du Temple en 1156 n’est en aucun cas un Blanchefort. Une fois pour toutes, il faut corriger cette erreur qui circule depuis trop longtemps.

Tombeau de
Nicolas Poussin à Rome

Si l’on veut approfondir l’histoire des BLANCHEFORT, nous devons nous rendre en Bretagne, car c’est là que sont leurs racines, dans la Bretagne antique. Le premier personnage connu, donnant naissance à la lignée de Blanchefort, est HARCULPHUS seigneur DE COMBORN (Comburniis en Latin), ou COMBOURG, dans le diocèse de Saint-Malo[1] (extrait-ci contre).

Combourg était une localité chère à François René de CHATEAUBRIAND[2]. L’admiration que Chateaubriand vouait à cette ville Bretonne se caractérise par l’amour qu’il porte à l’œuvre de Nicolas Poussin. Combourg mène aux Blanchefort, mécènes de Poussin. Si bien qu’en 1829 lors d’un voyage à Rome, alors qu’il était ambassadeur de France, il décida d’élever un monument dans l’église de San Lorenzo in Lucina, à la gloire de POUSSIN. L’exécution du mausolée, incluant une sculpture de la seconde version des BERGERS D’ARCADIE, fut confiée à trois pensionnaires de la Villa Médicis.  L’historien normand Léon Coutil espère, quant à lui, que ce tombeau recouvre bien la sépulture de Nicolas POUSSIN.

Maurice Leblanc cite souvent en référence CHATEAUBRIAND : dans L’aiguille creuse, L’île aux trente cercueils ou Le bouchon de cristal. Rien n’est écrit innocemment chez M. Leblanc, et Chateaubriand, initiés aux loges maçonniques, «Vraie et Parfaite Harmonie» et «Candeur» de Paris[3], fit d’une PIERRE TOMBALE deux coups.

 

Projet de mausolée en l'honneur de N. Poussin aux Andelys (27)


Les racines des Blanchefort

 

HARCULPHUS DE COMBORN était porte-enseigne de Saint-Sanson et prétendait avoir des droits, par sa femme Iseldis, sur tous les domaines de l’archevêché de Dol. La terre de COMBRONDE, aujourd’hui sur la commune d’ Orgnac-sur-Vézère dans le Limousin, tire son nom de cette famille, quand les premiers de Comborn vinrent s’y installer au début du Xe siècle. De là part la branche des BLANCHEFORT, par Archambault IV de COMBORN qui fit construire le château de BLANCHEFORT en 1125, à quelques km de la commune d’Uzerche. Plus tard, au XVIe siècle, Antoine de BLANCHEFORT est institué héritier de tous les biens de la famille de CREQUY, par le Cardinal de Créquy son oncle maternel, à condition de porter le nom et les armes de la famille. La branche CREQUY-BLANCHEFORT vient d’être créée et détiendra par une alliance avec Chrétienne d'Aguerre, veuve et héritière de François Louis d’Agout, la seigneurie du PAYS de SAULT[4] en 1609 (extrait ci-dessous).




Nous arrivons à un point où s’entrecroisent des coïncidences extraordinaires. Primo, François de NEGRE d’ABLES, Seigneur de NIORT en 1726, père de Marie dame de BLANCHEFORT, était bailli de tout le PAYS de SAULT. Secundo, vous n’êtes pas sans savoir que CHARLES III duc de CREQUY-BLANCHEFORT était le généreux mécène de NICOLAS POUSSIN, originaire des Andelys près de GAILLON, auteur du tableau codé LES BERGERS D’ARCADIE.
Toutefois ces coïncidences pourraient être effacées par un fait nouveau nous ayant été rapporté récemment (10.06.09). Le pays de Sault en possession d'Antoine de Créquy-Blanchefort serait dans le Vaucluse, dans l'actuel canton de Carpentras. Il pourrait y avoir confusion avec le pays situé en Midi-Pyrénées.

Quoiqu'il en soit, aucun Bertrand n’a donc été signalé dans la lignée des Blanchefort. Il n’y a pas de lien de parenté entre Blanchefort et Blanquefort. Le Grand-Maître des templiers, Bertrand de BLANQUEFORT, était le fils de Geoffroy, bisaïeul d’IDA de BLANQUEFORT épouse de Béraud de GOTH et mère de Bertrand DE GOTH[5] le futur Clément V, bourreau des Templiers.

Ces familles s’allièrent aux seigneurs de DURFORT en Languedoc, ancienne souche catharisante[6] d’où émergera la branche des ducs de DURAS. Rappelons ici que Guillaume de DURFORT[7], cousin et parrain de Clément V, monta sur le SIEGE ARCHIEPISCOPAL DE ROUEN en 1319, peu après Bernard de FARGES, neveu de ce même Pape… et petit-fils d’IDA DE BLANQUEFORT.

Tout ce jeu complexe d’alliances n’explique pas comment François d’HAUTPOUL-RENNES obtint le titre de Marquis de Blanchefort; terre détenue plus tôt par la famille de VOISINS, baron de Rennes au XVe siècle, sans avoir porté le titre de marquis. N’y a-t-il qu’une simple affaire de famille ?

Ruines du château de Durfort en Languedoc
La légende nous raconte que la forteresse de Blanchefort, construite dans le diocèse d’Alet-les-Bains, fut baptisée ainsi en raison de la couleur blanche de ses pierres. Elle est citée dans des chartes au XIIe siècle. Les titres de propriétés de Blanchefort pouvaient à loisir passer d’une famille à l’autre sans obstacle. Ce raisonnement est un peu facile si l’on ne tient aucun compte de la relation Comborn/ Blanchefort/ d'Ables/ Pays de Sault. N'y aurait-il pas confusion des genres, une "superposition" de nom de familles et de titres? Car Blanchefort du Razès n'a jamais été un marquisat.

 

Documents maudits

 

Au début des années 1610, M. Captier, notaire à Couiza, avait établi un contrat de mariage entre Antoinette d’Ixar, descendante de la famille des Rois d’Aragon, et Pierre de Nègre d’Ables[8] de Lacam, bailli de tout le pays de Sault, fils aîné de Jean de Nègre et Jeanne d’Angeli. Pierre de Nègre d’Ables était l’arrière grand père de Marie, dame de Blanchefort. A cette époque nous savons que les Créquy-Blanchefort sont les maîtres du pays de Sault.

S’appuyant sur le récit de G. de Sède «Le trésor maudit de Rennes-le-Château», Edouard Cayre[9] nous explique que quelques années plus tard, en 1644, François-Pierre d’HAUTPOUL, baron de Rennes, avait fait son testament en y adjoignant les archives et titres justifiant la transmission de leurs fiefs depuis le XIe siècle. Les documents avaient été enregistrés le 23 novembre 1644 chez maître Captier, alors notaire à ESPERAZA. A sa mort, il fut impossible de remettre la main sur son testament et les documents l’accompagnant.

Ruines du Château de Blanchefort - RLC
Ruines du château de Blanchefort

Puis en 1780, les actes notariés de François-Pierre d’HAUTPOUL réapparaissent chez maître Jean-Baptiste Siau, probable successeur du précédent. Le notaire d’Esperaza refusera de les confier à Pierre d’HAUTPOUL, seigneur de SERRES, qui les réclamait, prétextant, je cite: «Il n’y aurait pas de prudence de ma part de me dessaisir d’un testament de si grande conséquence».

M. Descadeillas étudia également le problème dans son livre «Rennes et ses derniers seigneurs». Il se demanda où pouvaient être passées les archives de la famille d’HAUTPOUL.

Finalement, en décembre 1780, J.- B. Siau donnera les précieux papiers à la veuve de François d’HAUTPOUL, Marie de NEGRE d’ABLES, dame de BLANCHEFORT. Au début de l’année 1781, Marie, sentant son trépas approcher, les aurait confiés  à l’abbé Antoine BIGOU, son chapelain. Une partie des documents fut transmise aux filles de la Dame de Blanchefort, Marie l’aînée, qui épousa Joseph-Marie d’HAUTPOUL-FELINES, et Elisabeth la cadette. Cette dernière resta célibataire et ne voulut jamais révéler la teneur des pièces en sa possession.

On ne comprend pas plus, pourquoi le titre de BLANCHEFORT passa à Gabrielle, la troisième fille alors qu’il était échu à Marie. En épousant Gabrielle, Paul-François-Vincent de FLEURY releva le titre, devenant ainsi marquis de Blanchefort.
Mais dès 1845 le titre revint dans le giron des HAUTPOUL-FELINES, quand Prosper de Fleury, petit-fils de Paul-François-Vincent, s'allia à Claire d'HAUTPOUL-FELINES, fille de Richard-Olivier et petite-fille de Jean-Marie-Alexandre et d'Angélique Lenoir. Leur descendance devait détenir la seconde partie des documents notariés communiqués par Marie de NEGRE d'ABLES à sa fille aînée Marie n’ayant rien à voir avec le testament d’Henri ou Blaise d’Hautpoul réapparu comme par enchantement en juin de l’année 2005.

Alexandre Lenoir Nous avions supposé que ces incidences généalogiques, à commencer par le mariage de sa sœur Angélique avec un Hautpoul-Felines, faisaient entrer Alexandre LENOIR (ci-contre), le sauveur du CHATEAU DE GAILLON, Demeure de plaisance des archevêques de Rouen, au cœur d'une famille dont les ascendances restent des plus énigmatiques. Or de récentes recherches remettent en cause cette filiation (voir les documents dans l'Espace Membres & Téléchargement). En effet, notre service d'investigation a retrouvé plusieurs actes prouvant que cette Angélique Lenoir n'était pas la sœur d'Alexandre. Elle était la fille d'un notaire et lui était le fils d'un maître bonnetier de Paris (*). Dans la généalogie d'Alexandre Lenoir nous retrouvons bien une Angélique mais elle n'est que sa petite-fille. De toute évidence, celle-ci ne peut être l'épouse de J.-M-.A. d'Hautpoul. Les auteurs (cf. G. de Sède, M. Lamy) sur lesquels nous nous étions appuyés pour étayer nos premiers travaux auront sans aucun doute confondu. Toutefois, rien ne permet d'affirmer, pour l'heure, qu'aucun lien généalogique, un cousinage même lointain, n'existe entre eux et le rapport à la Normandie reste intact.

Dans la mythologie rennaise, les DOCUMENTS DE FRANCOIS-PIERRE d’HAUTPOUL seraient ceux correspondant au quatrième des rouleaux de parchemins, cachés par l’abbé Antoine Bigou, découverts par Saunière dans le pilier Wisigoth de l’église de Rennes-le-Château, décrit par G. de Sède et décrié par tant d’autres: le testament de François-Pierre d’HAUTPOUL, une généalogie des rois mérovingiens de 1200 à 1644 et six lignes de texte touchant SAINT-VINCENT DE PAUL.

Pilier creux inversé de l'ancien autel de l'égliseLes premier et deuxième manuscrits contenant les messages codés ont déjà été publiés et sont sujet à caution. Le Codex Bezae en est la source maintenant prouvée. Le troisième serait une généalogie des rois mérovingiens de 681 à 1244 frappé du sceau de BLANCHE DE CASTILLE. Comment ces rouleaux pouvaient-ils être à la fois dissimulés dans un pilier creux et détenus par les descendants de Marie de NEGRE D’ABLES ?

En formulant toutes réserves, nous échafaudons le scénario suivant : Jean-Thimoléon de Nègre, grand-père de Marie de Nègre, fils aîné d’Antoinette d’Ixar et de Pierre de Nègre d’Ables, ou prétendu tel, aurait eu en réalité pour père un Créquy-Blanchefort, Seigneur de Sault. L’hypothèse d’un Jean-Thimoléon fils naturel d’un Blanchefort reconnu par un de Nègre d’Ables pourrait paraître invraisemblable si ce fils n’était le géniteur de la seconde branche des Nègre d’Ables dont est issue la Marquise d’Hautpoul. Or, en tant que fils aîné il aurait dû suivre la lignée de la première race des baillis du pays de Sault. Les archives détenues en 1644 par François d’Hautpoul, époux de Marie de Nègre d’Ables, puis remises à M. Captier, pourraient être les justificatifs recelant les secrets d’une naissance hasardeuse lui conférant le droit de porter le titre de Marquis de Blanchefort obtenu indirectement par alliance.
Si nous retenons la légitimité des Créquy-Blanchefort en comté de Sault dans le Vaucluse, naturellement cette hypothèse ne tient plus et le mystère du marquisat de Blanchefort près de Rennes-les-Bains perdure. Il est toujours de bon ton de formuler toutes les réserves sur ce genre d'histoire(**).

La filiation de Comborn de Bretagne et de Blanchefort du Limousin est attestée. Seule notre hypothèse généalogique de la parenté de Nègre/Blanchefort est le fil blanc cousu sur une intrigue beaucoup plus embrouillée. Les Comborn ou Blanchefort (de Bretagne), Seigneur du pays de Sault, dans le Vaucluse, au XVIIe siècle détiennent la clé des secrets de la famille d’Hautpoul et du marquisat de Blanchefort dans le diocèse d’Alet-les-Bains.
S'il ne s'agit pas d'un vecteur généalogique pourquoi Charles III de Créquy-Blanchefort fut l'un des mécènes privilégiés de Nicolas Poussin, qui lui connu le secret dès son plus jeune âge, quand il vivait dans le diocèse de Rouen? Les pièces secondaires du puzzle de l'affaire Saunière bougent. Cela signifie que le dossier vit et évolue sans cesse, bon gré malgré (**). L’Arc a dit : « Mémoires d’outre tombe, N. Poussin et Chateaubriand nous le rappellent ».



ET BIEN D'AUTRES INFOS SUR LES BLANCHEFORT,
LES BLANQUEFORT et LES HAUTPOUL dans


Le Mercure de Gaillon N°2
Les Archives du Serpent Rouge

Disponible dès le 15 mai 2008

Le Mercure de Gaillon N°2 - BANDE ANNONCE - 12MO
Bande Annonce (Trailer)

© Thierry Garnier – 2005/2008/2009 - M2G éditions. Tous droits réservés, reproduction interdite.


(*) Mis à jour: 30.04.2008
(**) Mis à jour le 10.06.2009

 



- Remerciements particuliers à A. De Varax, A.M Lecordier et J. Netchacovitch.

 

- Extrait adapté revu et augmenté pour Internet de « Mémoires des deux cités T. II, Gaillon Mystique : Ou le carnet de voyage hermétique d’Arsène Lupin de Gaillon à Rennes-le-Château

- Vos réactions sur le forum dédié du Portail de Rennes-le-Château La piste Normande: Gaillon, clé secrète du triangle d'or et RLC



[1] Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, Tome I par l'abbé Joseph Nadaud, 1882, p.397 et suivantes.

[2] Voir Mémoires d’Outre-Tombe.

[3] Histoire abrégée de la Franc-Maçonnerie, Robert Freke Gould, J. Lebègue, Bruxelles, 1910.

[4] Dictionnaire des titres originaux pour l'histoire les fiefs la généalogie T.3, Blondeau de Charnage, 1764, p.25 et suivantes.

[5] Ou de Gouth, certaines généalogies notent d’Agouth (ne pas confondre avec d’Agout).

[6] Guillaume-Saysset de Durfort perd ses biens après le siège et la chute de son château en 1210. Ses terres de Fanjeaux sont attribuées à Robert de Mauvoisin. En 1215, une sentence arbitrale adjuge le Termenès et la seigneurie de Durfort à Alain de Rocy et aux principaux lieutenants de Simon de Montfort.

[7] Petit- fils de Guillaume Saysset de Durfort.

[8] Arrière grand-père de Marie de Nègre d’Ables, né à Belcaire le 21 janvier 1575, décédé vers le 8 janvier 1664.

[9] Op. cit. p.70 et 71.