Part.I - Ceux qui savent, d’Initiateurs à Initiés : Les Initiateurs Pour
éviter les pièges, il faut savoir qu’ils existent et en connaître les
instigateurs. Nous savons aujourd’hui qu’une « guérilla » interne a
fait exploser le Prieuré de Sion entre années 1980/1990 sous l’impulsion de
services secrets étrangers infiltrés dans l’Ordre. Ce « désordre » aura au moins le mérite d’avoir fait
bouger les lignes. Les maîtres du jeu et des
secrets
Le
Prieuré originel français existe toujours, mais son influence s’est
considérablement amoindrie depuis le décès de P. Plantard en l’an 2000. Des
branches dissidentes ont vu le jour notamment en Italie, en Belgique, aux États-Unis,
en Angleterre et en Espagne. C’est d’ailleurs cette faction dissidente
espagnole détenant des archives importantes du Prieuré originel, selon P.
Plantard, qui se retrouvera dans l’œil du cyclone en 2009 lors de la vente aux
enchères des archives de la famille d’Hautpoul. Il n’y a jamais eu confirmation
de cela. Toutefois, c’est une déduction parfaitement logique puisque toutes les
questions posées à l’expert en charge de la vente à l’Hôtel Drouot n’ont jamais reçu la moindre
considération ou réponse positive. Les vendeurs n’ont jamais voulu se faire
connaître. Quant aux derniers dignitaires du Prieuré de Sion français, ils ne
pipent pas mot. Ceci expliquant cela, j’en ai pris mon parti : qui ne dit
mot consent ! Mais reprenons le problème à l’envers afin de comprendre comment on en est arrivé là. Pour ce qui concerne la « véritable fondation » du Prieuré de Sion, remontons le temps pour retracer ses ramifications antérieures. Une grande partie de celles-ci sont bien connues. C’est en 1934 que tout commence quand Georges Monti, ancien secrétaire du rosicrucien Josephin Péladan[1], fonde officieusement l’Ordre Alpha-Galates. Le 27 décembre 1937, Pierre Plantard, sous le pseudonyme de Pierre de France, l’officialise en le déclarant en préfecture de police, sans trace au Journal Officiel. Entre 1942 et 1943, le « Grand Ordre de Chevalerie » Alpha-Galates éditera six numéros du journal « Vaincre », ouvertement pétainiste. Les girouettes tournent toujours dans le sens des vents dominants. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on ne perçoit aucune supercherie ou falsification dans ces premières éditions. Dans le n°1, P. Plantard publiera les statuts de 1937 de l’Ordre. A cette date, son but est : d'associer ses membres dans une œuvre d'entraide mutuelle et nationale, de parfaire leurs connaissances, de diriger leurs aspirations dans un sens esthétique, dc leur inculquer un idéal chevaleresque basé sur la volonté dc se conformer à l'honneur et de servir pour la patrie. La publication au J.O. ne sera effective qu’en 1944, le 12 septembre. Les vents ont tourné. Le but de l’association change et servira l’entraide aux jeunes ayant souffert de l'oppression allemande et la publication d’une revue concernant la société. Son siège reste inchangé : 10 rue Lebouteux, Paris 17e. Puis le 27 février 1945, l’Ordre modifie son nom et devient ALPHA. Son but a changé également. Son action se bornera désormais à
1
- Favoriser à ses membres l'étude des
sciences métaphysiques par cours conférences, bibliothèques et éditions de
livres et revues. 2 - Entraide fraternelle. Si Alpha-Galates est regardé de nos jours
comme un mouvement « d’extrême droite », en 1942 Pierre Plantard se disait
pourtant « socialiste »[2]. A la
lecture de sa revue Vaincre, il serait plutôt à considérer comme un mouvement de
rénovation royaliste et contrairement à d’autres véritables mouvements
« extrémistes de droite » de son époque, Alpha-Galates ne versera pas
dans la violence comme l'Action Française par exemple. Dès cette époque la cause monarchiste et ésotérique parait entendue au sein de l’Ordre. Un document repéré au hasard d’une autre vente aux enchères attestera, comme s’il fallait encore le faire, de son penchant ésotérique. Cette vente du 11 décembre 2019 passa totalement inaperçue. À dire vrai, il ne s’agit pas d’un élément essentiel dans cette énigme. Mais c’est un fait intéressant méritant d’être relevé. La collection mise en vente appartenait à Gonzague de Marliave[3]. Le catalogue de la vente mentionnait un manuscrit d’astrologie[4] ayant été détenu par un membre de l’Ordre Alpha-Galates. Le nom de ce membre pourrait être Agatha P. de Fa et le nom de l’auteur était inscrit sur le manuscrit, mais il a été gratté. La description de cet ouvrage du XVIIe siècle intrigue : « Intéressant
manuscrit d'astronomie et d'astrologie du XVIIe siècle. L'auteur, dont le nom a
été malheureusement gratté en pied de la page de titre, décrit les différents
principes de l'astronomie et de l'astrologie : la sphère, le zodiaque, la région
céleste, les mouvements naturels des ciels, les constellations, les étoiles,
les éclipses, les maisons célestes et leur composition, le mouvement des
planètes, l'horoscope, etc. Le manuscrit a été
enrichi de 2 dessins modernes à la plume sur vélin : le premier, contrecollé
sur une garde, représente les deux hémisphères de la Terre sous le Soleil ; le
second est une copie d'un grand bois d'une édition du XVIe siècle du De magnis
conjunctionibus d'Albumasar, grand mathématicien et astrologue arabe qui vécut
aux VIIIe et IXe siècles. Manuscrit ayant appartenu
à un membre de la société secrète de l'Alpha-Galates, avec cachet humide apposé
sur la page de titre, arborant une tête de mort avec la mention Alpha-Galates
Commanderie générale des légions. Les membres de cette société secrète, fondée
en 1937 par Pierre Plantard, marquée par l'influence rosicrucienne et reliée au
Prieuré de Sion, étaient regroupés en deux groupes : la légion et la phalange. Une curieuse inscription
manuscrite figure dans l'angle du premier plat : Agatha P. de FA. 2 fragments de manuscrits
du XVe siècle sur vélin, rubriqués, contrecollés au second contreplat. Mouillure marginale à
quelques feuillets. Reliure restaurée. Le dos a été refait et porte, collé dans
un caisson supérieur, un chiffre A couronné découpé dans une pièce de
vélin. »Le prix de ce manuscrit a été estimé entre 2500€ et 3000€. Rien d’autre n’a filtré sur cette vente.
Dans
le domaine des sciences métaphysiques, l’Ordre aura en son sein un grand nombre
de membres gravitant dans les milieux occultistes l’ayant rejoint dès le début
de l’aventure en 1934. En cette même année se forgera une sorte d’alliance
entre tous ces personnages liés de près ou de loin à l’énigme de
Rennes-le-Château. Nous retrouvons en effet des grands noms de l’ésotérisme
dont :
-
Paul Lecour,
fondateur de la revue « Altantis » et héritier spirituel du Baron A.
de Sarachaga[5],
fondateur du Hiéron du Val d’Or. En 1942 il collaborera à la revue Vaincre. En
1953 il est toujours en contact avec Plantard via l’Union Française[6]. -
Robert Amadou,
un de ces initiés de haut vol, aura une influence considérable dès les années
40. Ses connaissances des doctrines exotériques en feront un pilier de l’Ordre.
-
Emile Hoffet qui
contribua dès 1921 à la revue Regnabit
publiée par la Société des Fastes Eucharistiques de Paray-le-Monial, dit Le
Hiéron du Val d’Or. Le Prieuré de Sion lui attribua le décryptage des deux
parchemins codés, ce
qui est une falsification de l’histoire,
puisque ces documents sont des créations de nos chers abbés Saunière et Boudet truquées par P. de Cherissey en
1961, dit-on. Plus tard il sera bombardé traducteur officiel des trois
parchemins généalogiques supposés découverts sous une dalle située devant
l’autel de l’église. -
Sans oublier le fondateur d’Alpha-Galates,
Georges Monti, secrétaire de Josephin Péladan, ce dernier admirateur
inconditionnel de Nicolas Poussin étant étroitement lié à Maurice Barrès[7]
qui en 1911 voulait classer aux Monuments Historiques cette même petite église
de Rennes-le-Château. D’après
Serge Hutin[8], B.
Saunière aurait pu être initié à l’Ordre R+C de J. Péladan tout comme Emma
Calvet. Délits d’Initiés Il
existe en France des tas de villages à énigmes alors pourquoi choisir
spécialement Rennes-le-Château[9] ?
Alpha-Galates s’est constitué à un point de convergence de l’histoire. Après la
Première Guerre Mondiale, la chute des grands empires et le décès d’un grand
nombre d’acteurs de notre énigme, le moteur de la résurgence royaliste est en
panne en France. Ainsi Alpha-Galates, chargé de son aura initiatique, jeta son
dévolu sur Rennes-le-Château, centre historique primordial pour l’élite
ésotérique des Années Folles. Par son axe chevaleresque, il engloba à la fois l’héritage spirituel du
Hiéron du Val d’Or et un substrat de l’Ordre de Sainte Marie (Madeleine) oublié
dans le Languedoc. Dénigrements
et dénégations touchant à la fois Alpha-Galates ou le Prieuré de Sion
renforcent la conviction qu’une cabale se trame depuis des décennies. Les
informations sur Alpha-Galates sont rares et difficiles à dénicher. Le propre
d’une véritable société secrète est de rester secrète et de se fondre dans la
masse sans laisser de trace. Le Prieuré de Sion de 1956 sait les faire
disparaître quand cela s’avère nécessaire. Néanmoins, rien ne disparaît
totalement et jusqu’à preuve du contraire l’ordre Alpha-Galates (devenu Alpha
en 1945) n’a jamais été dissout officiellement. Il
y a fort à parier qu’il a poursuivi son action et sa geste monarchiste sous
couverture, celle du Prieuré de Sion. Couverture aujourd’hui mitée par des
décennies de mensonges, par sa mythologie fantasque enjolivée par la
publication d’archives n’ayant aucune antiquité et pour la plupart falsifiées.
Outre les archives de première main de Saunière, Boudet et Courrent, le fonds
d’archives « mirifiques » n’est qu'un fonds secondaire : une
compilation (de recherches, de notes bibliographiques et de documents
photocopiés à la BnF) telle que pourrait la constituer n'importe quel chercheur
sur Rennes-le-Château à la nuance près que ledit chercheur s'il est honnête ne
falsifierait pas les données en sa possession avant de les publier. Les vrais
documents d’archives en possession de l’Ordre sortent au compte-goutte quand le
besoin s’en fait sentir. Si la formation d'Alpha-Galates s'est amorcée sur quelques informations orales
en relation avec l’énigme de Rennes, on peut estimer le début de la collecte de
leurs premières archives à la date de sa fondation dans le domaine
de l'occulte. Pour ce qui reste de leur documentation affairant à
Renne-le-Château, la collecte n'a pu débuter qu'à partir de la fin de la
Seconde Guerre mondiale voir même 1952 date du décès du docteur Paul Courent. Toutes
la documentation collectée à partir de 1934 par les membres d’Alpha-Galates
puis du PdS restera cachée sous le boisseau jusqu’en 1962, année de
publication du livre de G. de Sède « Les
Templiers sont parmi nous ». Mais dès 2004, tout va changer quand une
pièce essentielle leur faisant cruellement défaut sera redécouverte et
révélée au public : le Codex Bezae, le document de toutes les controverses. Cette
révélation n’a d’ailleurs pas eu l’effet escompté. L’universitaire de Brême ayant fait la trouvaille voulait
démystifier le « Da Vinci Code » et casser la mythologie de
Rennes-le-Château. En remettant au jour ce que Théodore de Bèze voulait
arbitrairement laisser dans l’ombre, ça aura eu les conséquences inverses.
En
recoupant toutes les sources et renseignements épars en liaison avec La Colline Envoutée on arrive à
reconstituer petit à petit le puzzle. Ainsi nous savons aujourd’hui que Robert Ambelain, autre initié de haut
vol, connaissait indéniablement
depuis au moins 1959 le Codex Bezae, ses aphorismes et ses « bizarreries lexicales »[10].
J’ai pu le démontrer dès 2009. R. Ambelain, ésotériste émériteinciterai n’a
curieusement pas de lien direct avec nos deux entités occultes. Il fut
cependant lié d’amitié un certain temps, avant d’entrer en conflit, avec Robert Amadou, ce dernier n’étant lui
pas sans attache avec Alpha-Galates et notre énigme. Selon certaines sources,
la production de faux documents en divers domaines ésotériques semble avoir été
sa marotte. Du pain bénit pour les détracteurs des parchemins, me direz-vous. Et
de se frotter les mains dans le discrédit pour remettre en doute l’authenticité
des parchemins codés, toujours et encore !
Tout
ce petit monde se côtoyant, si les parchemins codés avaient été une totale
mystification, il est logique de se demander pourquoi R. Ambelain n’a pas divulgué la vérité dès 1967, année de parution
de l’Or de Rennes[11].
Pourquoi R. Amadou ayant
connaissance de la même affaire reste muet à ce sujet. En était-il à
l’origine ? C’est peu probable, puisque P. Plantard et Ph. de Cherisey se
sont dénoncé dix ans plus tard
De plus, R. Ambelain soutenait l’hypothèse de la survivance du Christ. D’après lui, il
n'était pas mort sur la croix. Serait-ce le secret crypté dans le Codex D ? D’après
mon propre décryptage, il n'est aucunement question de cela dans le manuscrit à
moins que les pages manquantes soient les détentrices de ce secret. Si, par simple hypothèse de
travail, les véritables parchemins découverts dans l’église sont ces pages,
c’est une probabilité. Cette survivance est aussi une théorie récurrente dans
l’affaire, mais rien n’est moins sûr. Toutefois, force est de constater la
neutralité totale de R. Ambelain
dans les mystères du Razès. Quoi
qu’il en soit, dès cet instant, nul doute n’est permis : le Codex Bezae
est une pièce maitresse dans l’énigme des deux Rennes et aucun Initié impliqué n’a intérêt à en faire
la promotion en tant que document crypté recélant des secrets ancestraux, sans
savoir lesquels ou sans en connaître le sens. Le
codex D est indubitablement un élément d’étude connu du milieu ésotérique
d’avant-guerre. Quel secret
indicible pourrait susciter une terreur aussi prégnante dans les esprits, du
protestant le plus intégriste tel Th. de Bèze aux ésotéristes les plus
chevronnés et engagés dans des ordres initiatiques du XXe siècle en passant par
nos abbés Saunière et Boudet (voire Gelis) ? Quel secret terrible inciterait P. Plantard et Ph.
de Cherisey à mentir effrontément après avoir fabriqué une flopée de faux
documents, tout en faisant passer leur contenu pour vrai et dans lesquels ils
affirment que les deux seuls documents codés (les deux parchemins soit dit en
passant issus du Codex Bezae) sont des faux de leur invention. Cette
affirmation n’intervient qu’à partir de 1977. Pourquoi faire cette
« révélation » si tardivement ? Que doit-on croire de leurs
mensonges ou de leurs pseudo vérités ? La démonstration faite dans la
première partie de cette étude ne laisse la place à aucune équivoque. Quel secret intangible encouragerait un groupe d’intérêt occulte, mis en face de ses contradictions, à
tordre la vérité à ce point toute honte bue ? Une telle forfaiture en
devient suspecte, surtout quand R.
Amadou écrit en 1942 dans la revue Vaincre : « Qu’il soit nécessaire de conserver secrètes certaines
connaissances, c’est ce que l’Église elle-même concevait nettement lorsqu’elle
pratiquait la discipline du secret afin
de ne pas jeter les perles aux pourceaux.
Et d’ajouter : « Si la lanterne
doit être à demi couverte du manteau c’est que les yeux ne peuvent supporter la
lumière du Soleil que l’aigle seul affronte, bien qu’il luise pour tous »[12].
Cette « discipline du secret » sera appliquée à la lettre par nos
deux Initiés et assurément par quelques autres avant et après eux. Mais comme rien ne peu reste caché indéfiniment, la maxime
d’A. Lincoln se rappelle à nous : « On
peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du
temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Et pour combien de Temps encore les « héritiers » des Initiateurs de cette aventure vont-ils, par leur impéritie, nous mener en bateau ?
Th. Garnier © 22 janvier 2025 - M2G éditions. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. [1]
Hippocrate Initié, Courants ésotériques et holisme médical en France durant
l’entre-deux-guerres, par Léo Bernard, Ed. Presse Universitaire de Rennes,
2024, p74. [2]
Revue Vaincre N°1, 21 septembre 1942, p.1. [3]
Auteur et « passionné par la Royale Chimie » comme il le dit
lui-même. [4]
Ramas ou Collections de plusieurs matières nécessaires à l'astronomie
astrologie comme aussi au calcul de la figure céleste et des planettes [sic] et
du Jugement que on en tire [sic]. [XVIIe siècle]. Manuscrit in-4 (255 x 180
mm), environ 450 pages, veau marbré, tranches mouchetées de rouge (Reliure du
XVIIe siècle). [5] Cf. Le Hiéron du Val d’Or à Paray
le Monial. [6]
Journal « Istamboul » du 6 mai 1953. L’union Française est une des
premières associations de P. Plantard fondée vers 1936 toujours active en 1953
semble-t-il. [7]
Discours de M. Barrès à la chambre des députés le 16 janvier 1911 [8]
Revue l’Initiation, n° 4 de 1995
article de Serge Hutin p.191 [9]
Potentiellement lié à l’énigme de Gisors. [10]
La notion gnostique du Démiurge, R. Ambelain, éd. Adyar, 1959, p.109 [11]
Gérard de Séde, Ed Juillard. [12]
Revue Vaincre n°2, 21 octobre 1942, p.2. |