Nombreux
sont les chercheurs partis en quête des arcanes du carré magique un peu partout
en France. Il en est dautres dont lombre plane sur laffaire de
Rennes-le-Château sans que le grand public nen mesure toujours la portée
réelle. Alex Bloch (1895 1970),
érudit rouennais, est de ceux-là. Etablir une petite notice sur sa personne me semble
nécessaire à lheure où de supposés chercheurs prétendent connaître ses
travaux car ils auraient récupéré en 2022 (en utilisant très probablement les
références publiées dès 2009 sur mon site) un exemplaire couleur de
« Pierres Gravées du Languedoc » déposé par lauteur à la
bibliothèque en 1966. Et cest avec ce train de retard quils se
permettent, aujourdhui, de dénigrer les travaux dAlex Bloch et les
miens par voie de conséquence. Quand on veut tuer son chien on laccuse de
la rage, cest bien connu. Pour ma part jai eu connaissance de
toutes ces informations dès 2006. Je nen suis ni linventeur, ni le
découvreur, puisquune information parcellaire, voire minimaliste, sur lauteur
avait été publiée par J.-L. Chaumeil[1]
en 1984. Une connexion privilégiée
Spécialiste mondialement reconnu du carré magique (Sator/Rotas), ses conférences ont mené A. Bloch de l'Allemagne aux États-Unis, en passant par l'Italie et la Suisse. Il a publié de nombreux ouvrages et articles, notamment dans le bulletin de la Société d'études diverses de Louviers[2], dans le Bulletin des Amis des Monuments Rouennais[3]. Quant à ses ouvrages, qui nont rien de négligeables, nous pouvons citer : Le Sator, nouvel essai de déchiffrement[4], Miscellanées hermétiques - monnaies autrichiennes[5], Le Carré Magique Sator[6]. Mais
c'est dans le secret de ses correspondances et de ses dépôts à la bibliothèque
de Rouen que se cachent les clés d'une compréhension profonde du dossier. Sa recherche
première navait rien à voir avec le secret de labbé Saunière, mais
la rejoint sur bien des points. Sa quête était celle de la compréhension du
carré Sator. Pour cela on ne peut le suspecter de fraude ou de falsification de
documents contrairement à P. Plantard qui en était un spécialiste. Ce
lien organique entre Rouen et le Razès, que je suis depuis presque 30 années
sous un autre angle, permet à A. Bloch d'accéder à des informations de première
main sur la genèse des découvertes de Saunière. En 1963, il publiera une étude déconcertante,
mais non dénuée dintérêt, sur le tombeau des cardinaux dAmboise,
dont Georges 1er fut linitiateur du premier château
Renaissance à Gaillon en 1499 où la piste Lupinienne sest faite jour[7] en 1999. La coïncidence
est plus que troublante, car cette étude est antérieure (1963) à sa réception
des planches originales de Pierres Gravées du Languedoc (1966). Lautorité
d'Alex Bloch repose non seulement sur lérudition, mais aussi sur des
sources directes. Il fut en contact régulier avec labbé Courtauly, personnage clé qui
travailla aux côtés de Bérenger
Saunière en tant que séminariste lors de la restauration de léglise
de Rennes-le-Château et labbé Delmas curé de Rennes-le-Bains dans les
années 60 (à ne pas confondre avec lauteur du manuscrit du même nom en
1709). Le
19 août 1966, l'abbé Delmas,
curé de Rennes-les-Bains, lui confirme par écrit l'existence d'une pierre
gravée encastrée dans le mur du presbytère, provenant du plateau des sorcières
(Plat de la Brugos). Cette tête,
identifiée comme celle de Dagobert II,
intrigue A. Bloch par ses concordances avec les parchemins et la statuaire
locale. Il note avec précision la présence de lettres grecques (P/R) et
souligne que si cette tête est bien celle du roi martyr, elle fixe une borne
chronologique essentielle au carré magique associé. Lauthentique planche dE. Stüblein Dans
ses travaux, Bloch s'appuie entre autres sur lopuscule « Pierres gravées
du Languedoc » dEugène Stüblein (1884), tel quil est mentionné sur
la couverture de louvrage en question. Il na probablement pas idée
que cet ouvrage est un apocryphe dont il reprend la source erronée en
mentionnant un ouvrage en 8 volumes de 1884. Allons
plus loin pour découvrir le vecteur de transmission de la version originale de lopuscule
« Pierres Gravées du Languedoc ». Si on considère à juste titre B.
Saunière comme instigateur de louvrage antidaté à 1884 avec Emile Stüblein
(et non Eugène) vers 1900, il
est parfaitement logique que ce « vrai/faux document » ait pu être
confié à labbé Courtauly par B. Saunière qui en fit des copies conformes
à loriginal. Par la suite il est tout aussi logique quil en ait
donné une copie à P. Plantard recherchant les archives du curé de RLC et qui le
maquilla comme nous lavons déjà vu. Autre supposition : Plantard a
très bien pu capter ce dessin dans les fonds documentaires du Dr. Paul
Courrent, dépositaire de certaines archives de Saunière[8]. Une autre copie fut
transmise à A. Bloch soit par labbé Delmas ou labbé Courtauly pour
sa recherche sur le carré Sator. Le tournant des recherches dA. Bloch semble coïncider
avec sa prise de contact avec Pierre
Plantard le 28 mai 1962 après la
publication de G. de Sède. A. Bloch étudie en effet le carré Sator de
Gisors cité dans l'ouvrage de Gérard de Sède, Les Templiers sont parmi nous[9]. Malgré ses
travers de faussaire, il ne faut pas retirer à P. Plantard ses connaissances ésotériques
et ne surtout pas les minimiser. A. Bloch développera ses décodages graphiques
en usant de la méthode Plantard.
Le Maitre des Horloges
Il voit dans le décodage du carré Sator/Rotas des
glyphes en forme de X ou de sabliers, symboles du temps, de
Saturne (Chronos) et de Psyché (le papillon) présents également dans la
symbolique maçonnique. Il
explore les inversions créant une infinité de lectures, liant le carré à divers
mots « Janus » ou palindromes et à la « Roue du Temps » (Rotas). Il identifie
également des « signes de Jupiter » (le 4 de chiffre), marques cryptographiques,
mais aussi déditeur, que l'on retrouve précisément sur le petit parchemin
codé par B. Saunière (ndlr : et
dans ma cartographie occulte gaillonnaise[10]).
Il suggère que ces signes ne sont pas des ornements, mais des signatures de
puissances intelligentes intégrées au plan divin. A. Bloch ne se contente pas
d'étudier le carré Sator du Languedoc ou celui de Gisors. Il analyse les inscriptions latines gravées sur le du tombeau des cardinaux d'Amboise (ci-contre) à la
cathédrale de Rouen quil assimile à des cryptogrammes. En octobre 1964,
Bloch transpose donc la méthode à la cathédrale de Rouen. Il décèle un carré
Sator « christianisé » occulté dans cette épitaphe de marbre de
Georges d'Amboise. Inscription du tombeau en 26 mots : Pastor Eram Cleri
Populi Pater Aurea Sese Lilia Subdevant Quercus Et Ipsa Michi Mortuus En Jac Eo
Morte Extinguntur Honores At Virtus Mortis Nescia Morte Viret. Traduction : Jétais
le pasteur du clergé, le père du peuple. Le lys dor, le chêne lui-même, métaient
soumis. Voici que je suis étendu sans vie : les honneurs disparaissent avec la
mort ; mais la vertu, qui ne connaît point la mort, fleurit avec elle. Anagramme des 4 premiers mots selon A. Bloch : ![]() Pastor Eram Cleri
Populi = L'opera rotas publice mire Traduction simple : Des roues de travail publiques étonnantes
Pour A. Bloch, les puissances de Saturne/Sator sont intégrées à la puissance divine. Il propose un remplacement cryptographique où l'Eternel utilise l'abréviation phonétique L = « El » (Lui) pour manifester ces forces. Il lie cette structure à une cosmogonie amplifiée unie aux hiéroglyphes égyptiens et au passage du « Noun » (l'abîme) à la manifestation du pouvoir créateur (Atoum), illustrant le passage de l'unité à la dualité. Il fait observer que Georges d'Amboise est représenté en prière directement au-dessus de cet anagramme satorien, au sein de la chapelle de la Vierge. Au-dessous, placée entre la Prudence et la Fortitude, tout un programme, la statue de la Tempérance sculptée sur le tombeau force ces couloirs du temps[11]. Elle tient en main une horloge à UNE AIGUILLE dont le cadran comporte 24 heures. Daprès lérudit rouennais, en Kabbale phonétique, la Tempérance équivaut à « Temps-errance », lerrance du temps, c'est-à-dire la marche du Temps. Linterprétation ésotérique de la sentence latine
du tombeau « alchimique » des cardinaux dAmboise reste à la
discrétion dA. Bloch. Mais elle est éclatante de vérité. Le début de la
sentence latine révèle un second niveau de compréhension derrière la basique
présentation du défunt (« J'étais le pasteur du clergé et du peuple »). Elle
est le réceptacle d'un message crypté qu'il développe selon sa méthode de
permutation. Il établit une correspondance saisissante entre les
quatre premiers mots et une variante du carré magique : PASTOR ERAM CLERI POPULI =
L'OPERA ROTAS PUBLICE MIRE On
retrouve ici les deux termes pivots du carré magique, Opera / Rotas, signifiant l'uvre et la roue (le mouvement, le cycle du temps).
Ainsi que Publice Mire,
littéralement « Admirablement en public » ou « De manière manifeste ».
Par cette opération, A. Bloch démontre que sous le
texte funéraire classique se cache la structure du Carré Sator. Les initiales P.E.C.P.
(Pastor Eram Cleri Populi) deviennent les balises d'une « Roue »
(Rotas) qui tourne autour du nom de l'Éternel. Cette analyse des quatre premiers mots rejoint sa
théorie sur le Signe de Jupiter ou le 4
de chiffre. En isolant ce groupe de quatre termes, A. Bloch isole une
unité de sens cryptographique complète. Cest la preuve, selon lui, que Georges
dAmboise a voulu ancrer son tombeau dans la tradition de « Maître
des Horloges » (le temps cyclique de Saturne/Sator), tout en le soumettant
à la puissance de "EL" (Lui). Il faut ajouter à cela létymologie latine de Rouen : Rotamagus = Rota Magus = Roue Magique et par extension Roue des Mages ou Roue à Mages = Rois Mages[12]. Bien entendu cette étymologie nest reconnue par aucun linguiste ni historien officiel. Cela fait mauvais genre. Et si jinsère ma propre analyse personnelle de cette sentence révélée, cela va faire griller les neurones de beaucoup dentre eux. Car cest une structure qui dépasse la simple épitaphe. En isolant les 26 initiales (nombre symbolique de l'alphabet) des mots composant cette sentence : P.E.C.P.P.A.S.L.S.Q.E.I.M.M.E.J.E.M.E.H.A..V.M.N.M.V. Le
calcul de leur valeur numérique selon la table de Pythagore (A=1, B=2...) donne
un total de 286. Pour
un érudit comme Alex Bloch, ce chiffre n'est pas anodin. S'il n'est pas ici une
référence de page (le Sator de Gisors se trouvant à la page 286 chez de Sède), il
constitue une signature numérique propre au monument ou une vaste manipulation
temporelle de notre « Asard ». On y retrouve d'ailleurs une
prédominance massive des lettres E (5) et M (5), totalisant à
elles seules une grande partie de la valeur de la sentence. Cette
« vibration » numérique, couplée à l'absence volontaire de certaines
lettres du carré Sator (le R et le O), confirme la thèse de Bloch : nous sommes
face à un Sator occulté. Le message n'est plus dans le mot, mais dans le
nombre. La sentence devient une grille où l'Éternel (le "eL" ou
"Lui" cher à Bloch) remplace et absorbe les puissances satoriennes
traditionnelles. C'est ici que la cryptographie rejoint la théologie de Georges
d'Amboise, faisant de cette sépulture un véritable tombeau alchimique, un livre
de pierre codé. Une « planche » de salut. Le
dépôt effectué par Bloch à la bibliothèque de Rouen en juillet 1966 est la
preuve ultime de la manipulation opérée plus tard par le Prieuré de Sion sur lopuscule
Pierres Gravées du Languedoc. En
conservant les planches originales de Stüblein reçues de l'abbé Delmas
sans les rajouts de pagination (le fameux 186) ou les légendes apocryphes de Plantard
Bloch nous permet de séparer le bon grain de l'ivraie.
Le diable se niche dans les détails, même les plus
insignifiants, dit-on. Et puisque ses acolytes veulent couper les cheveux en quatre,
jirai même jusquà les couper en huit. Si A. Bloch s'est passionné
pour les théories de Plantard sur le X et le sablier, ses propres travaux sur
le terrain (lettre de l'abbé Delmas) confirment que le fond documentaire
original existait bien avant que Plantard et de Chérisey n'y ajoutent leurs
propres fantasmes : de la légende Dagobert, le numéro ou du rehaussement du
numéro de page 186, à peine visible dans loriginal dAlex Bloch. Ce rehaussement,
qui na aucune incidence sur mon travail de décryptage du Codex Bezae, est
dailleurs visible sur toutes les pages de lopuscule fourni par le Prieuré
de Sion. Si lon observe attentivement, avec un peu dhonnêteté
intellectuelle, les chiffres des numéros de pages sont souvent de tailles très diverses.
Ce qui prouve quil y a eu un rehaussement manuscrit systématique opéré par
léquipe du Prieuré et non une suppression par A. Bloch qui n'aurait eu aucun intérêt à supprimer ce chiffre sur son exemplaire. Et si daventure le 186 du Codex Bezae a une quelconque relation avec la page 186/187 de « Pierres Gravées du Languedoc », puisque
Plantard na effectué quun relèvement dun marquage déjà
existant, nous avons la preuve manifeste que le carré magique du buste de Dagobert II nous renvoie vers le carré
magique détecté dans les pages du Codex
D. De plus, le carré magique de Dagobert II locution latine
rédigée en lettres grecques agit comme une sorte de miroir, fût-il
magique, de la page 189 de ce
même opuscule (ci-contre). En effet, il nous renvoie à la dalle de la Marquise de Blanchefort où la citation
latine « Et in Arcadia ego » est également transcrite en lettres
grecques, accompagnée de sa clé codée LXILXIL[13]
dont le décryptage affiche 186050,
pointant les 5 premiers versets de page 186 du Codex. Alors que certains s'égarent encore dans les théories bancaires
bancales et des détails inutiles pour noyer le poisson, les travaux dA.
Bloch nous ramènent à l'essentiel : une tradition cryptographique
plurimillénaire, de l'Égypte au Codex Bezae, dont Saunière détenait, notamment
par le Sator, l'un des pivots centraux : carré Sator dont on retrouve la
trace dans ce même Codex Bezae.
En
définitive, A. Bloch est plus quun pionnier du carré Sator par lantériorité
de ses travaux mondiaux dès les années 1950 ; il en est le conservateur providentiel.
Là où dautres nont vu quun palindrome curieux, il a su déceler
une matrice universelle capable de coder lhistoire, la théologie et le
temps lui-même. Surtout,
par son dépôt de 1966 à la bibliothèque de Rouen, il nous offre cette planche de salut nécessaire pour
extraire la vérité des sables mouvants de la désinformation. En isolant le fond
documentaire original du Razès avant les maquillages de Pierre Plantard, A.
Bloch nous permet de confirmer que le carré Sator est le pivot central d'une
tradition millénaire. Mes propres
recherches sur l'étymologie de Rouen (Rotamagus), y décelant la Roue à Mages (Rois Mages), viennent
aujourd'hui confirmer et porter à son incandescence la vision de l'érudit rouennais.
Il reste le pont indispensable entre l'alchimie des cénotaphes et le secret du
Roi Martyr, dont la dépouille aurait été inhumée à Rouen selon certaines
sources. Son
analyse globale, incluant la démonstration faite autour du tombeau alchimique
des frères dAmboise, entre même en adéquation avec ce que j'ai écrit dans
mon livre Arcana Codex livre V et la structure temporelle « Asardeuse ». Mes lecteurs au fait
de ces informations comprendront ce que je veux dire. Pour les autres, il ne
tient quà eux de le découvrir et je les encourage à le faire en lisant
mon dernier ouvrage toujours disponible à la demande dans toutes les bonnes
librairies.
Th. Garnier © 31 avril 2026 - M2G éditions. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur. [1] Le Trésor des Templiers, éd H. Verrier, p.98. [2] Année 1961-1962 [3] Année 1951-1958 [4] Rouen, 1960. [5] Rouen, chez
l'Auteur, "Le Coré-Alsace", rue des Augustins, 1962. [6] Collection initiatique illustrée, préface de Marcel Spaeth, éd. De F.E.U, 1963. [7] Mémoires des deux cités, T.II, Gaillon Mystique, Th. Garnier, M2G Editions, 2007. [8] Cf. témoignage de R.R. Dagobert. [9] Ed Julliard, 1962, p. 146 et 286. [10] Op. Cit. Th. Garnier, M2G Editions, 2007, p.327. [11] Op. Cit. A. Bloch, Ed. F.E.U, 1963, p.115 et suivantes. [12] Op. Cit. Th. Garnier, M2G Editions, 2007. [13]
Voir le décryptage complet de cette clef dans Arcana
Cocex Livre V, Nicolas Poussin Ombres et Lumières | |||||||||||||||||||||||