Gaillon, le jalon occulte inattendu
de Maurice Leblanc

La Clef secrète du Triangle d'Or (- part - II)



- Gaillon, clef secrète du Triangle d’Or (- Part - I)


Depuis une trentaine d'années, la petite ville de Gaillon (27) est venue se greffer sur l’arbre foisonnant de l’énigme de de Rennes-le-Château. Pour rendre à César ce qui est à César, il faut bien avouer que c'est Didier Audinot[1] qui engagea Gaillon sur cette voie par la mythologie d'Arsène Lupin et de Maurice Leblanc. L'ayant personnellement contacté il y a quelques années à ce sujet, il m'avait, pour ainsi dire, envoyé promener, prétextant que pour lui, c'était de l'histoire ancienne sans intérêt.


Triangulation


Au commencement de l'affaire, dans les années 60, l'œuvre de Maurice Leblanc a été intégrée par les membres du Prieuré de Sion, utilisant le roman Le Triangle d'Or et son sens évocateur pour définir l'énigme impliquant Rennes-le-Château, Gisors et Stenay. Par la suite, en 1979, Jean-Luc Chaumeil reprit ce terme pour son livre Le Trésor du Triangle d'Or[2], toujours en rapport avec ces trois lieux. Quant à savoir comment Didier Audinot en est arrivé à inclure Gaillon dans son récit, nul ne le sait. D'autant plus qu'il ne fera aucune allusion au parc du Lydieu, la Clef Arcadienne que j'ai révélée en 2005 dans Mémoire des deux cités (T. II) même si l'un de ses paragraphes est titré « La clé des portes ». Les auteurs suivants qui ont analysé, voire psychanalysé, Arsène Lupin n'ont pas fait mieux. Notamment P. Ferté, dont le dernier livre sur ce sujet est une véritable déception pour beaucoup : 33 années d’attente après la publication[3] du tome 1, « tout ça pour ça » aurait-on envie de dire ! Le milieu des chercheurs s'attendait à une révélation majeure, et non à un soufflé qui retombe. Pendant cette période, j’avais d’ailleurs tenté de le contacter également, sans succès. Prétendant subir pressions et menaces, il restait déclaré aux abonnés absents.

Parmi les exceptions littéraires, citons tout d’abord l’ouvrage de Roger Facon, « Les dossiers secrets de M. Leblanc père d’Arsène Lupin[4] » qui évoque brièvement la route de Gaillon pour y introduire N. Poussin et sa fuite vers Paris. Mais toujours pas de Clef en vue. Il se pose toutefois la bonne question : quel secret Nicolas Poussin a-t-il bien pu capter durant son enfance normande ? C'est précisément à cette question que je m'attache à répondre dans mon dernier livre, Arcana Codex, livre V : Nicolas Poussin, Ombre et Lumière. Les deux volumes d’Alexandra Schreyer « Jules Verne et Arsène Lupin[5] » sont d’un intérêt indiscutable. Elle analyse non seulement les aspects occultes de l’œuvre de Leblanc mais aussi celle de Jules Vernes. Sans oublier l’Arsène Lupin d’Arphaïs[6] paru récemment révèle certains côtés ésotériques qui toucheront le lecteur averti. J’invite tous les « questeurs du Graal » authentiques à se pencher sur cet univers auréolé d’une vérité dépassant de loin la simple fiction : une vérité occulte que seuls les esprits éveillés sauront discerner.




Une clef du mystère


Mais au-delà de la déception, il y a pire. Celui qui titrait dans son Arsène Lupin supérieur inconnu, T. 1 : « Gaillon, clé secrète du Triangle d’Or », ignore tout, du premier à son second volume, de cette clef Arcadienne magistrale que j’avais identifiée sur le terrain dès 1999. Mise en évidence, elle seule ouvre la porte sur le secret du Razès et de quelque site miroir Normand, que Nicolas Poussin a magnifiquement illustrée dans ses Bergers d'Arcadie. Cette œuvre, loin d'être une simple composition allégorique sur la vie et la mort, est en réalité un plan codé, une carte tendant vers une vérité occulte.
Le Tombeau de Saint-Ethbin:
modèle parfait du paysage
de N. Poussin et site mirroir des Pontils
Poussin, initié à ces cercles ésotériques dont nous avons souvent parlé, n’a pas peint des bergers contemplatifs par hasard, mais pour fixer dans le temps un alignement géographique et symbolique précis. Non loin de son village natal, le site de Châteauneuf et le Tombeau de Saint-Ethbin  en sont le reflet, point de jonction miroir avec le paysage des Pontils, nimbés d’une étrange exactitude. Sa célèbre inscription « Et in Arcadia ego » ne se réfère pas à la mort dans une contrée idyllique, mais bien à la présence du secret ici-même, dans une Arcadie magnifiée. Et lorsque l’on évoque l’Arcadie, de Normandie en Razès jusqu’au Gévaudan, il y a forcément un loup (au sens propre comme au figuré), un gardien indicible de ce trésor de connaissance que beaucoup d'auteurs et chercheurs continuent de méconnaître.

Qu'à cela ne tienne ! Pour ma part, je garde le cap sur cette « histoire ancienne sans intérêt », au grand dam de mes détracteurs et censeurs agissant du nord au sud. Peu ou prou, il faut bien dire que cela ne plaît pas à tout le monde. Mais il va bien falloir qu'ils se fassent une raison : c'est ainsi ! Gaillon, LA CLEF DU TRIANGLE D’OR, voit le jour et rejoint les villes recelant une part de l’énigme, telles que Gisors et ses Templiers, Stenay et, bien entendu, le fer de lance : Rennes-le-Château.

 

Le Silence et la Plume

 

Il est toutefois curieux de ne voir apparaître aucun de ces sites dans les aventures d’Arsène Lupin. Pour Rennes-le-Château, ça peut se comprendre car c’est le point zéro de l’énigme. Pourquoi ne sont-ils jamais évoqués, alors même que ces sites constituent les pivots géographiques de cette énigme sacrée ? Cette absence n'est nullement fortuite. Elle témoigne de la nature même du secret protégé par ces lieux : Arsène Lupin, dans ses aventures, n'est pas le révélateur de la vérité, mais le gardien d'un certain « ordre » du récit. Mentionner ces sites aurait été, pour Leblanc, lever le voile sur une réalité trop proche de l'action, risquant de transformer la fiction ludique en une divulgation prohibée. Là où le romancier déploie son génie, c'est dans le détournement de l'attention : il crée des labyrinthes (L'Aiguille creuse, Arsène Lupin contre Herlock Sholmès, Le Triangle d'or) pour masquer la géographie réelle des centres de pouvoir. En omettant délibérément ces points de jonction que sont Stenay, le Razès et Gisors, il a sanctuarisé l'indicible, préservant ainsi la pureté du « silence » exigé par la mécanique du secret que nous avons ici patiemment démontée (audio).

Maurice Leblanc était imprégné des courants ésotériques et occultistes de son époque. Son silence sur ces lieux spécifiques s'apparente à une « omission volontaire » ou à une clause de non-divulgation initiatique. Le fait de citer des lieux réels très chargés (comme Rennes-le-Château ou Gisors) ancre immédiatement le lecteur dans une réalité d'enquête ou de thèse. En choisissant de ne pas les nommer, Leblanc conserve la maîtrise totale de son univers symbolique sans être contraint par les réalités topographiques que nous étudions. Dans la logique du Prieuré de Sion ou des ordres dont nous avons déjà parlé, la transmission se fait par strates. Nommer ces lieux, c'est risquer de donner la clef à ceux qui ne sont pas préparés, ni autorisés, ou qui n’ont pas les moyens de les analyser tels ces plagiaires opportunistes dépouillant la documentation mise au jour par Le Mercure de Gaillon. Leblanc, en « initié » de la plume, a sans doute choisi de protéger les sites primaires en les ignorant totalement, rendant ainsi le silence plus éloquent que la citation.

 

Le nœud de la transition

 

Mais alors, pourquoi mentionner Gaillon ? Une observation extrêmement fine vient bousculer la thèse de l'omission volontaire. Si Leblanc tait Stenay, Gisors ou Rennes-le-Château, il nomme Gaillon. Cela confirme, selon notre perspective de recherche, que Gaillon n'est pas seulement un lieu parmi d'autres, mais le « jalon » opérationnel et géographique qui structure son architecture narrative.

Si les trois sites du Triangle d’Or demeurent les grands absents, plongés dans un silence protecteur, il en va tout autrement de Gaillon. Que Maurice Leblanc ait explicitement intégré Gaillon dans L'Aiguille Creuse n'est pas une coquetterie géographique, mais une nécessité systémique. En nommant Gaillon, Leblanc ne rompt pas le secret, il le signe. Là où il occulte les centres de rayonnement (RLC), il désigne le centre de commande (Gaillon) incidemment par son « Traité de l’Aiguille » fictif. C'est précisément parce que Gaillon constitue le jalon occulte inattendu, la clef de voûte arcadienne, logistique et historique, que l'auteur peut se permettre de l'exposer : il devient le point d'ancrage de sa fiction, le paratonnerre qui attire le regard pour mieux masquer les véritables structures souterraines dont nous avons démontré l'existence (au sens propre comme au figuré). Le nommer, c'est donc, pour l'initié, confirmer la topographie du secret tout en le rendant inoffensif aux yeux des profanes. Mais c’est par le « Traité de l’Aiguille » bien réel d’A. Deville (alias Massiban), c’est-à-dire les Comptes de dépenses pour la construction du Château de Gaillon, accompagné de son Atlas in-folio de 16 planches[7] à dénouer le nœud du mystère. Il existe d’ailleurs un manuscrit rédigé vers 1880, relié de cuir vert dont j’ai une copie (extraits ci-dessous), reprenant de nombreuses indications d’A. Deville et d'autres auteurs ayant écrit sur le Château de Gaillon[8]. Celui-ci méritera une attention particulière ultérieurement. Car les apparences sont parfois trompeuses, et le titre indiqué sur la reliure, repris d’une série bien connue, l’est tout autant.



Le Traité de L'Aiguille retrouvé (coll. privée)


Citer un lieu réel tel que Gaillon permet de donner du crédit à la fiction tout en gardant le « vrai » secret derrière une apparence de décor romanesque. En établissant ainsi une hiérarchie, certains lieux sont trop puissants pour être nommés (ils restent dans l'infra-texte), tandis que d'autres servent de « nœuds » de transition dans le récit. Gaillon, par sa position stratégique mise en évidence dans nos recherches, est le pivot nécessaire à la cohérence de l'intrigue lupinienne. Si Leblanc inclut Gaillon, il laisse peut-être une trace pour ceux qui possèdent la cartographie réelle. Pour le lecteur lambda, ce n'est qu'un nom ; pour le chercheur, c'est une confirmation. A contrario, Gaillon n’étant pas désigné explicitement dans Le Triangle d’or, il reste assigné au passe-partout lupinien, la clef des portes Arcadiennes, telle une translation interdimensionnelle en quelque sorte. Ici, M. Leblanc n’a pas franchi la Ligne Rouge, n’ayant rien de commun avec la Rose-Ligne. Nous en ferons de même pour l’instant.


En complément de tout cela... Les toutes dernières infos et autres
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"Nicolas Poussin, Ombres et Lumières - ARCANA CODEX, Livre V


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Th. Garnier


© 1er juillet 2026 - M2G éditions. Toute reproduction interdite sans autorisation de l'auteur.


[1] Le Trésor des Rois de France, Editons Prospections, 1987

[2] Réédité sous le titre Le Ttrésor des Templiers, Ed. H. Veyrier, 1984.

[3] Arsène Lupin, Supérieur Inconnu, La Clé De L'œuvre Codée De Maurice Leblanc. Ed. G. Trédaniel, 1992.

[4] Ed. Savoir pour Etre, 1995.

[5] Ed. Ramuel, 1999.

[6] Le code Arsène Lupin - Maurice Leblanc et le savoir perdu, Ed. L'opportun Eds De, 2023.

[7] Imp. Nationales, 1850-1851.

[8]Ms anonyme (coll. privée).