Un centre de la "Kulture" Arsène Lupin, décodé par Patrick Ferté[1], nous a amenés sur les sentiers Supérieurs de Rennes-le-Château et Inconnus de Gaillon. Sa Chartreuse n’est qu’un point de départ, mais non des moindres. Elle est le couloir, l’antichambre, menant vers la véritable Demeure Mystérieuse : le Château de Gaillon révélant les aspirations manifestes de Georges d’Amboise, de ses prédécesseurs et successeurs au trône archiépiscopal de Rouen ayant œuvré entre Midi et Normandie. ![]() Les livres sont les témoins incontournables de l’histoire de l’humanité. Nombreuses sont les bibliothèques, renfermant des trésors de la Connaissance, qui ont disparu dans les flammes. Nombreux sont les ouvrages mis à l’Index[2] par le Vatican pour censurer la vérité. Cependant, de jour en jour, elle revient au galop. L’or de Rennes est un leurre, un miroir aux alouettes. Des pans entiers de notre histoire nous ont été cachés, voire maquillés. Des écrivains célèbres ont péri pour en avoir parlé dans leurs ouvrages. Des hommes illustres ont été emprisonnés ou se sont expatriés pour avoir découvert des secrets intouchables. Quels sont donc ces secrets inavouables que même aujourd’hui il serait imprudent de révéler au public ? Pour découvrir les véritables réponses à cette question, les librairies anciennes des châteaux, les scriptoriums des monastères où étaient centralisés tout le savoir des mondes anciens, ne sont-ils pas des endroits à visiter en premier ? De quelle façon pourrions-nous alors résoudre cette équation improbable à une inconnue : Gaillon + x = Rennes-le-Château ? Les principales structures religieuses de Gaillon ayant disparu à la Révolution, on pourrait croire que la tâche est irréalisable. Mais il nous arrive parfois de tomber sur des documents dont on avait perdu la trace, ouvrant le champ à une recherche qui, bien qu’empirique, nous donne des clés corrélatives. La bibliothèque de la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon, dont l’histoire nous est brièvement rapportée par Frédéric Alaboissette[3], s’est formée sur un fond littéraire en provenance du château de Gaillon. Nous en reparlerons plus loin. L’ensemble était d’une grande richesse. Celle de la Chartreuse a pu subsister avec difficulté, jusqu’à la Révolution, grâce à l’énergie de quelques hommes. Un inventaire avait été effectué en 1758. On pouvait y trouver, parmi d'autres ouvrages, des manuscrits de saint Thomas d'Aquin provenant de la bibliothèque des rois de Naples : deux éditions de st. Thomas super primo sententiarum (ms n°7) et st. Thomas super secundo sententiarum (ms n°8) datant de 1484 et 1489 ainsi qu’une édition de st. Thomas continuum in Mathaeum et Marcum. D’autres manuscrits : l’un ayant pour titre Corps de droit Divin, deux éditions imprimées à Venise de La cité de Dieu de saint Augustin datant de 1475 et 1478, onze manuscrits du copiste Venceslas Crispus, chef d’œuvre de la calligraphie, ayant appartenu au cardinal Georges d’Amboise. Une imprimerie avait même été aménagée dans le monastère pour la reproduction de ses propres livres. Des œuvres curieuses sortirent de cet atelier. Au XVIIe on y imprimait des manuscrits de chimie et d’alchimie : le Cours de Chimie, par Monsr Berlet, l'an MCDXLIV (1444). Sur le verso du feuillet de garde, on lit « Ce présent livre appartient à François, religieux convers de la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon... ». L’ouvrage de 142 pages est décrit en format 164x110mm. Les volumes provenant de la Chartreuse sont fort rares. Au détour des salles des ventes, nous avons retrouvé la trace d’un de ces écrits inestimables. Il s’agit de L'Art de connoistre les hommes. Première partie, où sont contenus les discours préliminaires qui servent d'introduction à cette science, par Marin Cureau de la Chambre. Ce volume, in-4° de 394 pages, possède une reliure en veau restaurée portant les armes de la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon sur le plat. Le dos est fleurdelisé pastiche. La première publication de ce format a été éditée à Paris par P. Rocolet en 1659.
Le docte prieur Jean de Billy
Certains chartreux étaient chargés de la traduction des ouvrages tant latins que grecs. Jean de Billy fut l'un d'entre eux. Il était un des frères Billy, fils du gouverneur Louis de Billy et de Marie Brichanteau. Né à Guise le 30 juin 1530, il se fit tout d'abord remarquer par une vie assez mondaine. Ayant échappé à un incendie, il résigna les abbayes qu'il possédait et entra dans l'Ordre des chartreux à Bourg-Fontaine comme profès en 1562. Il passa ensuite prieur à l’abbaye du Mont-Dieu[4] avant de devenir le premier prieur de la Chartreuse de Gaillon en 1572. Jusqu'à la fin de sa vie il exécuta la traduction de nombreuses œuvres. Parmi les plus importantes, il fit la traduction de la première édition de l'Histoire de Barlaam et Josaphat Roy des Indes publiée à Paris en 1574 chez G. Chaudière. Ce roman grec, attribué pendant longtemps à saint Jean de Damas (VIIIe siècle), n'est sans doute pas de lui. Voir pour cela la longue notice dans le Dictionnaire de Spiritualité[5] qui penche pour une attribution à Euthymios d'Ibère. Ce dernier (ou Jean de Damas) aurait couché par écrit un ensemble de témoignages reçus de quelques moines éthiopiens. Le roman raconte l'histoire du fils du roi des Indes qui, malgré son père, se convertit au christianisme et se fit moine grâce à l’ermite Barlaam. Mais sous l'aspect intransigeant de l'ouvrage chrétien se cache en réalité l'œuvre alchimique la plus énigmatique, à lire et relire dans la plus pure tradition hermétique, considérée comme d'inspiration cathare[6]. Et le lecteur d'apprendre que l'ermite occitan Baarlam apporte à Josaphat la précieuse Pierre qu'aucun homme ne peut voir s'il n'a la vue saine et qui donne tous les biens à son possesseur. Le roman parait être beaucoup plus ancien que ne le prétendent les historiens. Blanche de Castille en possédait, dit-on, un exemplaire en langue d'oc[7]. Le texte traduit par Jean de Billy connut une diffusion considérable dans la chrétienté orientale et occidentale. Des éditons furent publiées à Rouen en 1600 chez Jean Osmont et à Lyon en 1592 chez B. Rigaud. Le frère de Billy traduit également[8] : ü Des sectes et des hérésies de notre temps pour connoïtre leurs origines et les fruits qui en sont issus, traduit du latin, de Stanislas Hosius, évêque de Warnie en Pologne, édité à Paris chez Sébastien Nivelle en 1561, in-8°. ü Le dialogue de la perfection de la charité, contenant 51 articles où sont introduits entreparleurs Nôtre-Seigneur et le disciple, traduit du latin, de Denis de Rickel (dit Dyonisius Carthusianus) publié à Paris, chez Guillaume Chaudière en 1570, in-16. ü Homélie de st. Jean Chrysostome intitulée : Que personne n'est offensé que de soi-même, avec deux sermons de saint Augustin au jour de la désolation de st. Jean-Baptiste, traduit en français, édité à Paris chez Guillaume Chaudière en 1571, in-8°. ü Petite table spirituelle, traduite du latin, de R. abbé de Lyesses Loys Blosius, à Paris, chez Guillaume Chaudière en 1572, in-16. ü Le Manuel du chevalier chrétien composé en latin par le vénérable père chartreux Jéhan de Lansperge, publié à Paris chez Guillaume Chaudière en 1573, in-16. ü Miroir spirituel, où est comprise sommairement l'instruction de tous les fidèles chrétiens qui désirent vivre et mourir en J.-Christ, avec des oraisons consolatives, pour dire en toutes actions ordinaires; traduit du latin, de Louis Blosius, Paris, chez Guillaume Chaudière en 1576, in-16. Comme auteur on lui doit aussi : ü Exhortation au peuple françois pour exercer les œuvres de miséricorde envers les pauvres, par Jean de Billy, à Paris, chez Guillaume Chaudière, 1572, in-8°.
Sur la route de Louviers
Le document phare qui nous éclaire sur l’importance de la Chartreuse de Gaillon est l’un des premiers catalogues de la bibliothèque de Louviers. Cette librairie possède en effet de nombreux volumes aux armes de la Chartreuse. Les ouvrages de l’abbaye de Gaillon en constituent principalement le fond ancien avec ceux de l’abbaye de Bonport (sic), près de Pont-de-l’Arche, et quelques autres prieurés. ![]() En 1843, L. Bréauté bibliothécaire, rédigeant ce catalogue, affirmait ignorer comment les dépouilles du monastère avaient été transportées à Louviers après la Révolution, vers 1807. Jusqu'en 1832 les ouvrages seront entassés pêle-mêle dans le grenier de l'Hôtel de Ville. Un premier inventaire eut lieu à cette époque. Un an plus tard, le conseil municipal décide de vendre les ouvrages en double et dépareillés. Soit 5 000 volumes (des abbayes de Gaillon et de Bonport) qui seront cédés. La bibliothèque recevant le reste des livres (+/- 5000 vol.) est inaugurée le 14 avril 1833. Selon F. Alaboissette, le catalogue de 1882 signalait seulement 66 ouvrages provenant de Gaillon. Or quand on examine le premier catalogue de M. Bréauté, on constate qu'il y en avait un nombre beaucoup important en 1843. F. Alaboissette a sans doute manqué d'information à ce sujet puisqu'il ne notait que six exemplaires : 1° Cours de philosophie du père Chaher de la Compagnie de Jésus, par René Anga, 1640, en 4 Vol, in-4° 2° Explication des cérémonies de la sainte messe selon l’usage de révérends pères Chartreux, par Dom Jean Demas, religieux de la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon, in-4°. 3° Eloges de quelques Saints, dédié à la Chartreuse, J.-B. Depaveau, par Perceval Guelier (Guelium), qui avait été avocat royal dans ce même monastère, avec les images des saints en vers latins et français in-4°. 4° Le soldat chrétien ou le combat de l’homme selon la chair et de l’homme selon l’esprit, traduit du latin en vers français, par Hugues de Loynes, religieux Chartreux profès de Gaillon, 1691, in-4°. 5° L’histoire sacrée des hommes illustres en sainteté de la compagnie des Célestins, de l’ordre de st Benoît, recueillie et décrite par dom Célestin Telera de Manfredonia, deffiniteur, et abbé Célestin. Traduite de l’italien par V. P. D. le R.P Hippolyte Charruau, profès et coadjuteur de la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon, imprimé à Boulogne par Jacq. Desmouts, 1648. (Ms n°12) 6° Faits se référant à la vénérable et royale Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon, recueil anonyme. Titré "Almae et regalis Borboniensis Cartusiae rerum gestarum collectio". 1690, in-4°. Ce manuscrit est écrit en latin, et signé, par l'auteur, des lettres initiales de son nom F. H. D. L'auteur s'étend sur l'histoire et les circonstances de tout ce qui se rattache à la fondation des Chartreux de Gaillon. (Ms n°18)
Ouvrages auxquels nous ajouterons les manuscrits suivants :
7° "Ascetarum Aphorismi ex canonibus conciliorum regulis patrum et sententiis doctorum collecti". 1620, in-fol. Ce manuscrit est sans nom d'auteur. Il est écrit en latin, et ne manque pas d'un certain mérite, en tant que dictionnaire d'introduction pouvant servir aux adeptes qui veulent lire les livres ascétiques. (Ms n°13) 8° "Vita sancti Hugonis", in-fol. Manuscrit sans nom d'auteur écrit en latin dont la rédaction appartient sans doute à un moine de cette abbaye. (Ms n°21) 9° Deux psautiers dont "Antiphonarium diurnum ad usum ordinis Cartusiensis cum psalmis ad horas diurnas cantandis", in-fol, imprimé avec des vignettes. (Ms n°10 et 11) 10° Règles et Pratiques des Chartreux, in-18, en parchemin. L'écriture de ce manuscrit remonte au XIIIe siècle. Il commence par ces mots : "Incipiût capti p' pti' cosuetudine ordis cartusien". Il est divisé en trois parties. La première partie de ses pratiques a été arrêtée par le chapitre général de l'ordre des Chartreux, vers la fin du XIIe siècle. (Ms n°9) 11° "Brunonis Carthusianorum patriarchae sanctissimi opera et vita". Parisiis, Jod. Badius Ascensius, 1524, in-fol., fig. C'est dans cette édition que l'on a représenté, par de petites figures en bois, l'aventure supposée d'un chanoine de Paris, qui, étant mort, se leva dans son cercueil, et déclara qu'il était accusé, jugé et condamné. (n°236) 12° "Opera omnia S. Brunonis chartusianorum patriarchae praestantissimi", studio Theodori Petrei. Coloniœ, Gualtherus, 1611, in-fol., frontisp. (n°237) 13° L'Epiphanie, ou Pensées nouvelles à la gloire de Dieu, touchant les trois Mages, qui, partis de l'Orient, se trouvèrent en Bethléem, pour y adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ, le XIIIe jour de son ineffable naissance, par Jacques d'Auzoles Lapeyre. Paris, Alliot, 1638, in-4°, portrait de Mgr de Harlay, arch. de Rouen. (n°301) 14° L'Instruction des prêtres, tirée de l'Écriture sainte, des saints Pères et des SS. Docteurs de l'église. Composée en espagnol par D. A. de Molina, chartreux. Traduction nouvelle, (par Nicolas Binet.) Paris, Coignard, 1696, in-8°. (n°448) 15° Observations historiques et théologiques sur l'Epistre de saint Paul aux Romains, avec une exacte traduction du grec, par François (ndlr : de Joyeuse), archevesque de Rouen. Gaillon, 1641, in-8°. (n°85) 16° "Commentarius brevis rerum in orbe gestarum ab anno salutis 1500, usque in annum 1574", ex optimis quibusque scriptoribus congestus etc., per F. Laurentium Surium Cartbusianum. Coloniae, 1574, in-8°. (n°1395) 17° L'histoire sacrée de l'ordre des Chartreux et du très illustre saint Bruno, leur patriarche, etc. et la même histoire des Chartreux en un poème héroïque de cinq ou six cents vers, par Jacques Corbin, Paris, Pellé, 1653, in-4°. (n°1581)
On trouve encore une multitude de manuscrits et d’imprimés sur les œuvres d'Aristote, Plutarque, Sénèque, Homère, Virgile, Strabon, Flavius Josèphe, Tacite, Suétone, Salluste, Pythagore, Platon ou des pères de l'Eglise catholique ainsi que de nombreux écrits sur le jansénisme et la pensée hérétique. Les titres suivants provenant de la Chartreuse de Gaillon ne manqueront pas d'aiguillonner la sagacité de nos lecteurs les plus assidus :
18° Dissertation sur sainte Marie-Magdeleine, pour prouver que Marie-Magdeleine, Marie, sœur de Marthe, et la femme pécheresse, sont trois femmes différentes, par Anquetin, curé de Lyon, Rouen, Maurfy, 1699, in-8°. (n°102) 19° Lettres spirituelles de M. Olier, Paris, 1672, in-8°. (n°424) Il s'agit de Jean-Jacques Olier prêtre de l’église Saint-Sulpice de Paris, fondateur de la Compagnie du Saint Sacrement. 20° Angélique, des excellences et perfections immortelles de l'âme, par dom Polycarpe de la Rivière, in-4°, sans date. (n°407). L'ouvrage fut publié à Lyon vers 1626-1629, avec un frontispice réalisé par Claude Audran peintre du roi. L'auteur, prieur de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez en 1618, que l'on dit membre de la Société Angélique, fut imprégné de platonisme, d'hermétisme et de cabale chrétienne. Dans cet ouvrage, il traite entre autres, du jugement des philosophes païens sur la métempsychose et en dresse une liste. Mais ce qui suscite le plus de curiosité c’est sa mystérieuse disparition en 1638 juste avant la publication de ses Annales de la Ville d’Avignon. Ce manuscrit ne sera jamais imprimé entièrement. 21° L'Adieu du monde, ou le mespris de ses vaines grandeurs et plaisirs périssables, par dom Polycarpe de la Rivière, Lyon, Pillehotte, 1621, in-8°, 2e édition, frontisp. (n°433) 22° Les œuvres de sainte Thérèse, divisées en deux parties, de la traduction d'Arnaud d'Andilly, Paris, Pierre Le Petit, 1670, in-4°, portrait. (n°408).Auteur que l'on a supposé à tort être à l'origine des A.A[9]. 23° De l'Ante-Christ, et de ses marques contre les calomnies des ennemis de l'église catholique, par Jérémie Ferrier, Paris, Nivelle, 1615, in-4°. (n°463) 24° L'Ante-Christ et l'Anti-Papesse, par Florimond de Rémond. Paris, L'Angelier, 1599, in-4°. (n°464) 25° "Julii Caesaris Scaligeri exotericarum exercitationum" libri XV, de subtilitate, ad Hieronymum Cardanum. Francofurti, Wechelus, 1582, in-8°. (n°764) Ce Scaligeri (ou Scaliger), issu de la célèbre famille de Vérone qui donna asile à Dante, était le fils de Jules César Scaligeri ami de Michel de Nostredame (Nostradamus)[10]. 26° "Josephi Scaligeri Jul. Caesaris F. opus novum de emendatione temporum" in octo libros tributum. Luteliœ, Nivellius, 1583, in-fol. (n°1371) 27° "Josephi Scaligeri Jul. Caesaris opus de emendatione temporum", Genevae, Roverianiis, 1629, in-fol. (n°1372) 28° Commentaire sur le Pimandre de Mercure Trismégiste, in-fol, sans date. (n°783) Le Pimandre, publié par François de Foix évêque d'Ayre, vers 1579, est donné pour apocryphe. Les quarante deux ouvrages écrits par l'idole alchimiste ont été perdus. Ce livre serait une traduction très largement adaptée du manuscrit grec d'origine. 29° L'incrédulité savante et la crédulité ignorante, au sujet des magiciens et des sorciers. Avecque la réponse à un livre intitulé : Apologie pour tous les grands personnages qui ont esté faussement soupçonnés de magie, par le P. Jacques d'Autun, Lyon, Molin, 1671, in-4°. (n°1004) 30° "Alchimia Andreae Libavii, recognita, emendata et aucta, tum dogmatibus et experimentis nonnullis", tum commentario medico, physico, chymico, etc, Francofurti, Saurius, 1506, in-fol. (n°1006) 31° "Praxis alchimiae, hoc est Doctrina de artificiosa preparatione praecipuorum medicamentorum chymicorum, duobus libris explicata", opera Andreae Libavii, Francofurti, Saurius, 1604, in-12. (n°1007) 32° "Syntagma selectorum undiquaque et perspicue traditorum alchimiae arcanorum", studio Andreae Libavii. Francofurti, Hoffmannus, 1611, in-fol., 2 vol. (n°1008) 33° Les Métamorphoses d'Ovide, traduittes en prose françoise, avec XV discours contenans l'explication morale des fables, etc. Nicolas et Jean De la Caste, Paris, 1658, in-8°, portrait. (n°1185). Une autre édition est de 1496 (n°1184). 34° La Vie de M. Pavillon, évesque d'Alet, de Saint-Miel (ou Saint-Marc), 1738, in-12, 2 vol. (n°1508) 35° "Le chandelier d'or du temple de Salomon", ou la chronologie des prélats et des religions qui suivent la reigle de Saint-Augustin, par Athanase de S. Agnès, Lyon, Rigaud, 1643, in-4°. (n°1530) ![]() 36° La vie du vénérable serviteur de Dieu, Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la congrégation de la Mission, divisée en trois livres, par Louis Abelly, Paris, Lambert, 1664, in-4°. (n°1583) 37° "legenda sanctorumque Lombardica nominatur historia", par Jacques de Voragine, In edibus Pétri Luceii, cognomento Principis, impressa, in-4°, gothique, sans date. (n°1603) 38° "Historia Albigensium et sacri belli in eos anno 1209" suscepti duce et principe Simone a MonteForti, dein tolosano comite, rebus strenue gestis clarissimo, autore Petro, Trecis, Griffard, 1615, in-8°. (n°1641) 39° Traittez concernant l'histoire de France, savoir : la condamnation des Templiers, l'histoire du Schisme, les Papes tenans le siège en Avignon, et quelques procès criminels, par Dupuy, Paris, Dupuis et Martin, 1654, in-4°. (n°1647) C’est la première édition de cet ouvrage qui fut réédité à de multiples reprises et encore aujourd’hui. Les nouvelles éditions ne comprenaient que la procédure contre l’Ordre du Temple. 40° "De tribus Dagobertis Francorum regibus diatriba", Godefredi Henschenii. Antuerpiœ, typis Meursii, 1655, in-4°. (n°1747) Il s'agit de l'histoire retrouvée des trois Dagobert, rois de France. G. Henschenius, fut le premier à remettre au jour l'existence de saint Dagobert II vers 1623. Il lui donne pour descendance, entre autres, Sigebert, dit IVe par les adeptes du Prieuré de Sion, mort en 680. L’existence de Sigebert IV est avérée, mais l’adaptation habituelle du Prieuré de Sion de 1956 est fausse. 41° Histoires des Comtes de Toulouse, par Guillaume Catel, Tolose, Bosc, 1623, in-fol. (n°1820) G. Catel est l’auteur d’un ouvrage de référence, Mémoires de l’histoire du Languedoc publié en 1633.
Cette liste n’est pas exhaustive car des tas de manuscrits ont disparu dans les ventes publiques ou ont été volés pendant la Révolution. Entre 1843 et 1887, date à laquelle parut l'histoire de F. Alaboissette, certains ouvrages se volatilisent sans aucune explication et disparaissent du catalogue de Louviers[11] : les psautiers, par exemple, sont introuvables. Les manuscrits de saint Thomas d’Aquin, détenus auparavant au château de Gaillon, référencés par L. Bréauté (Ms n°5 et n°6) à la Chartreuse, font leur apparition dans le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque impériale en 1868. Les chartreux dessinaient également de rares et curieuses cartes grand format destinées à l’usage unique de l’ordre de Saint-Bruno. L’une d’elle est une carte représentant toutes les villes d’Europe où il existait une Chartreuse. Un autre plan en couleurs, conservé aux archives de l'Eure, représente la Chartreuse de Gaillon dans toute son étendue jusqu’en bordure de Seine. Ce dessin remarquable (ci-dessous), dont nous reproduisons un extrait, est attribué au peintre graveur Jean Lemaire, dit Lemaire Poussin. Un surnom qui lui avait été attribué car il était le premier assistant du peintre andelysien Nicolas Poussin. Ce plan fut probablement exécuté à l’occasion de la pose de la dernière pierre de la Chartreuse en 1657. Une autre source ancienne donne comme auteur Louis Lichery[12] (ou Licherie) né à Dreux vers 1642 et mort en 1687. Elève de Le Brun, il commença sa carrière de peintre graveur vers 1666. Il ne peut donc être le dessinateur de la vue aérienne de la Chartreuse, sur commande du Prieur nous dit-on, ou bien il s’agit d’une autre œuvre.
Dessin de la Chartreuse de Bourbon-lèz-Gaillon par Jean Lemaire Poussin (vers 1657)
Cliquez pour voir la vidéo 570Ko La compilation du catalogue 1847 de la bibliothèque de Louviers[13] montre la Chartreuse de Gaillon sous un nouveau jour. Les œuvres de Polycarpe de La Rivière, de Godefroi Henschenius, de Guillaume Catel, de Scaliger y sont pour beaucoup. Les thèmes : de l’alchimie, le chandelier d'or (à sept branches) du temple de Salomon, Marie-Madeleine, Mercure (Hermès) Trismégiste, les Templiers, Nicolas Pavillon, Jean-Jacques Olier, saint Vincent de Paul, sont tout à fait évocateurs. D'autres monastères furent des centres culturels aussi riches en œuvres imprimées et manuscrites en tout genre. Notre but n'est pas de mettre les établissements religieux, en activité sous l'ancien régime, en concurrence. Le nouveau faisceau d'indices mis en évidence éclaircit la valeur patrimoniale de l'abbaye de Gaillon, corroborant les affirmations des auteurs à la pointe de la recherche dans l'affaire B. Saunière. Pour nous, la Chartreuse de Gaillon, accès occulte de la Demeure Mystérieuse, apparaît maintenant telle que Maurice Leblanc l'a perçue : un riche dépôt documentaire placé sous le sceau du secret dans le coffre-fort des moines ayant un pouvoir financier certain.
Thierry Garnier
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